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François Rigail de Lastours (1855-1885) et l’aventure africaine

par Mme Bénédicte PELISSIE du RAUSAS, membre associée (séance du 7 mars 2016)

Sur la maison à l’angle de la rue du Moustier et des allées Mortarieu, à Montauban, une plaque de marbre a été placée sur laquelle nous pouvons lire : « François Rigail de Lastours / Explorateur du Congo / Décédé à Lastourville (Congo) le 15 juin 1885 / Est né dans cette maison / Le 26 mai 1855 ».

Qu’est-ce qui a pu conduire ce Montalbanais dans l’aventure dangereuse de l’Afrique ? Qu’espérait François Rigail de Lastours de ces contrées que les géographes décrivaient «  nhospitalières, mystérieuses, fermées», lui le jeune homme raffiné « grand et sec, avec son teint brun ses yeux noirs, vifs, sa bouche railleuse, le cheveu dru et noir », lui qui «  savait la vie et l’aimait pour tout ce qu’elle a seulement d’élégant et de délicat » ?

 

Son enfance commence dans l’insouciance, entre trois sœurs et des parents aimants, l’hiver à Montauban, l’été dans  la majestueuse maison de Lastours, surplombant la Lère, à Réalville. Il y connait l’ivresse des jeux à la Robinson entre l’eau, les bois, et parfois la chasse  avec son père. Du haut de Lastours, le large horizon ouvre à l’ailleurs : l’Egypte et l’Algérie des voyages de ses parents,  l’île Bourbon, lieu nostalgique de la famille de sa mère, les Delort, l’Afrique du Sud où d’autres Rigail lointains se sont établis après la révocation de L’Edit de Nantes.

La douce vie bascule en 1863 : François, 9 ans, perd son père, puis sa mère cinq ans plus tard. Il continue d’être bon élève au lycée de Montauban et est accepté en classe préparatoire à Saint Barbe, au cœur du quartier étudiant de Paris. Il est reçu à l’écrit de Polytechnique mais échoue à l’oral. En octobre 1876, il réussit le concours d’entrée en classe préparatoire à l’Ecole des Mines. Son exclusion à la fin de l’année scolaire pour manque d’assiduité, inquiète son entourage. Quel malaise étreint François ? Un chagrin d’amour ? La nostalgie des temps héroïques qu’il n’a pas pu vivre, les barricades de 1848 ou la guerre de 1870? La solution d’un emploi respectable mais tranquille à Agen s’avère un échec.

Un ancien des Mines, Henri Küss, lui propose de participer comme photographe à une expédition chargée d’évaluer un bassin houiller et des mines d’or dans le bassin moyen du Zambèze. Après huit mois de recherches dans des conditions éprouvantes,  le groupe se disloque faute de résultats.

 Le 31 décembre 1881 François est de retour. Il avait écrit dans son journal « Cette vie est la mienne et je n’en veux point d’autre. »  Mais comment repartir ? Un an plus tard Lastours est intégré à l’Etat Major de la 3ème mission de Brazza. Il est chargé d’organiser et de maîtriser un immense territoire fluvial de plus de 1000 km, celui de l’Ogooué, plaque tournante de la politique de Brazza pour atteindre le bassin fluvial convoité du Congo. Brazza avait sans doute décelé chez Lastours tout ce que révélait son expérience du Zambèze : un homme intelligent, énergique, au caractère trempé, ayant le sens des responsabilités et de l’initiative. L’ampleur de l’action de Lastours en 28 mois est au-delà de toute attente : il structure la circulation des hommes, des marchandises entre le Bas et le Haut Ogooué ; il veille au respect des modalités d’engagement des pagayeurs et des porteurs ; il fait face à l’urgence, à la violence, toujours avec efficacité, sans perdre de vue « l’œuvre de  pacification ». Il conduit en parallèle sa mission de bâtisseur : Booué, Njolé, Madiville. Il trouve le temps de continuer la photo et d’écrire. Mais les manigances politiques et économiques si contraires à son idéal le minent. II s’oublie lui-même, néglige tous les dangers qu’il connait de cette forêt dévoreuse et meurt le 15 juin 1885 emporté par la maladie. Madiville devenu Lastourville garde par sa toponymie le souvenir de cette génération d’explorateurs que décrit ainsi Jean Christophe Rufin : ils allient « idéalisme, naïveté, et indicible courage. Eux qui rêvent de fraternité, de libération sont des instruments de l’impérialisme européen ».

Le nombreux public n'aura eu qu'à se féliciter d'être venu le lundi 7 mars écouter cette conférence bien prononcée, accompagnée d'un superbe diaporama, ainsi que l'échange qui a suivi, permettant à Mme Pélissier du Rausas d'apporter bon nombre de précisions grâce à ses recherches approfondies sur son compatriote valeureux, ce que ne manquait pas de souligner le président.