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Lyautey au Maroc

 

 LYAUTEY au Maroc et la dynastie Alaouite " 

par M. Yves RIPOLL, membre titulaire (séance du  4 avril 2016)

            L’Académie de Montauban a eu le plaisir d’écouter l’agréable conférence de M. Yves Ripoll, membre titulaire, sur le thème Lyautey au Maroc et la dynastie alaouite. Hubert Lyautey (1854-1934), maréchal de France, académicien, a assumé le mandat de résident général au Maroc de 1912 à 1925.

            Un accident d’enfance l’oblige à rester alité pendant 7 ans. Il acquiert une vie normale à 12 ans. Ce qu'il perd en jeux d'enfants et exercices physiques est compensé par la lecture et un éveil précoce de son intelligence. Il fait ses études au lycée Sainte-Geneviève de Paris où il apprécie la pratique religieuse et une certaine sympathie royaliste. Il choisit le métier des armes et est reçu à Saint-Cyr en 1873. Envoyé en 1877 en Algérie comme officier de cavalerie, il reste influencé par ce pays lorsqu’il revient en métropole, suite à la publication d'un essai : « du rôle social de l'officier dans le service militaire universel ».

 

            Il est envoyé en Indochine où il est remarqué par Lanessan au Tonkin, puis influencé par Gallieni à Madagascar.  Rappelé en France, il est nommé en 1908 haut-commissaire pour les confins algéro-marocains mais son action est désavouée. Il quitte ce poste en 1910 pour prendre le commandement du Xe Corps d’armée à Rennes. In fine, il sera nommé commissaire résident général au Maroc en 1912.

            La dynastie alaouite s'impose dès le XVIIe siècle ; elle utilise la violence et le pillage pour se maintenir. Le Maroc est économiquement à la merci des puissances étrangères. Le Sultan ne peut affronter les tribus qui se soulèvent. En 1912, est signé un traité de protectorat avec le Maroc qui place l’Empire chérifien sous la protection de la France. La même année, à Fès, des bataillons de l’infanterie chérifienne se soulèvent, massacrent leurs officiers et prennent le contrôle de la ville où réside le sultan. La France réagit au nom du protectorat et le gouvernement nomme Lyautey comme résident civil et militaire.

            Ses premières mesures visent à rétablir le calme et changer de sultan. Il impose Moulay Youssef Ben Hassan à la tête de l’Empire chérifien et s’appuie sur les confréries religieuses : la dynastie alaouite est sauvée. Lyautey veut créer un état moderne sur les plans législatif, règlementaire et administratif. Aussi instaure-t-il la règle de la progéniture (fils aîné) pour la dynastie alaouite, ce qui permettra aux monarques Mohammed V, Hassan II et Mohammed VI de se succéder légitimement et ne plus dépendre d'une désignation par les Oulèmas (autorités religieuses).

            Lyautey se consacre au développement du pays : il rétablit l’ordre, s’attache à la pacification des communautés insoumises. Le pouvoir central résidentiel et le pouvoir chérifien travaillent en bonne harmonie. Il procède à l'organisation de plusieurs ensembles : fiscalité, justice, police, hygiène, protection des biens et des personnes. Il veut une administration laïque respectant les préceptes de l’islam. Selon lui, il faut maintenir l’existant et faire cohabiter villes anciennes et villes modernes.

            Après un court passage comme ministre de la Guerre (1916-17) dans le cabinet Briand,  il refuse de se soumettre aux politiques et regagne le Maroc. Les réformes entreprises reprennent force et vigueur. Certes, il rencontre des réticences de l'état et des colons et ressent des dérives dans l’application du traité de protectorat. En 1921, le conflit Rifain sonne le glas de sa gouvernance. La lutte entre les Rifains et l’Espagne est impitoyable. La France souhaite intervenir aux cotés de l'Espagne malgré les inquiétudes de Lyautey. Painlevé, président du Conseil, le rappelle à Paris le 28 août 1925 ; les troupes françaises au Maroc seront désormais commandées par le maréchal Pétain. Une nouvelle fois désavoué, Lyautey démissionne et se retire en Lorraine. Décédé le 17 juillet 1934, il a droit à des funérailles nationales et reposera à Rabat, selon ses vœux. En 1961, le général de Gaulle le réhabilite et fait transférer ses cendres aux Invalides.

            L’homme s’est singularisé par sa complexité : monarchiste au service de la République, catholique et défenseur de l’islam, légitimiste soutenant un sultan à sa convenance. Effectivement, Lyautey a été un homme adulé tout autant que contesté. Il n’en reste pas moins qu’il a instauré les bases du Maroc moderne, rétabli la monarchie et posé les fondements d’un État moderne.

            Au cours de cette séance du 4 avril 2016, le public venu nombreux a pu découvrir en même temps le riche diaporama illustrant les diverses parties de la conférence, avant de pouvoir échanger sous le contrôle du président, M. Philippe Bécade.