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    Devant Toussaint Louverture   Musée du Nouveau Monde

Voyage à La Rochelle – 11 et 12 mai 2016

DISCOURS DU PRESIDENT DE L'ACADEMIE DE MONTAUBAN, PHILIPPE BECADE

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EN PASSANT PAR LA ROCHELLE, COMMUNICATION DE MICHEL SUSPENE

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 DEUX CITADELLES DU PARTI HUGUENOT EN PROIE AUX DIVISIONS COMMUNICATION DE GUY ASTOUL

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MICHEL BERAULD (1537-1611), PIERRE BERAULD (1577-1642) DEUX PASTEURS DE COMBAT COMMUNICATION DE JEAN LUIGGI

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             L’Académie de Montauban vient de rendre visite au chef-lieu de la Charente maritime. La ville est tout entière vers la mer. Deux tours monumentales, pareilles à des sentinelles, gardent l’entrée du port. Cernées par l’océan, elles sont l’emblème du passé "rebelle" de la cité. Corsaires ou pirates, défenseurs de leur foi ou résistants, les Rochelais ont toujours fait preuve d’une audace qui a façonné le caractère fier et indépendant de la ville.

            Cet esprit frondeur et déterminé a permis à La Rochelle de rayonner dans le monde entier. Les échanges avec le Nouveau Monde (XVIIIe siècle) ou l’Afrique (XIXe siècle) témoignent de la volonté de la ville de s’ouvrir vers l’extérieur. C’est ce qu’ont pu apprécier les Académiciens montalbanais en visitant le Musée du Nouveau Monde, témoin des relations entre la France et l’Amérique et qui transporte les visiteurs des Antilles à la Nouvelle-France à travers peintures, sculptures, cartes anciennes, armes et objets d’art. C’est ce que nous avons pu également vérifier au Musée du Protestantisme qui met en lumière les événements du passé protestant de La Rochelle, d’Aunis et de Saintonge, mais aussi du fait religieux d’aujourd’hui.

 

 

La rencontre dans la salle de l’Oratoire

            C’est dans cette ville, La Rochelle, si soucieuse de nos jours d’assurer la protection de son environnement (n’est-elle pionnière en matière d’écologie ?), que l’Académie de Montauban est allée à la rencontre de son homologue. Celle-ci a eu lieu au cœur de la ville, dans la salle de l’Oratoire, ancienne chapelle du couvent des Prémontrés. Dans son discours de bienvenue, le président de l’Académie locale, Jean Flouret, relatait le riche passé de La Rochelle : naissance en l’an 1000, dotation d’une charte communale en 1130, bastion du protestantisme (la "Genève de l’Atlantique"), le Grand Siège commandé par Richelieu en 1627-28, l’époque du commerce avec la Nouvelle-France et les Antilles (fin XVIIe-début XVIIIe siècle), la construction de la cathédrale dans le plus pur style Contre-Réforme comme celle de Montauban, mais jamais achevée, la création du port de commerce de La Pallice en 1890, l’ouverture de l’université pluridisciplinaire en 1993, etc., etc. Il relatait ensuite l’histoire de l’Académie de La Rochelle fondée en 1732 par lettres patentes de Louis XV. A l’origine composée d’une quinzaine de membres, elle comprenait surtout des ecclésiastiques, des juristes et des fonctionnaires royaux. Dès ses débuts, elle voit la création en son sein d’une loge maçonnique.

   Elle crée des concours de poésie, installe une bibliothèque. Mais à la Révolution ses biens sont confisqués par l’État. Vers 1850, le secrétaire perpétuel fait en sorte de mettre sur pied une Académie regroupant toutes les sociétés intellectuelles de la ville. Dès lors, quatre sections voient le jour : Belles-Lettres, Sciences, Médecine et Agriculture. Ce fonctionnement durera quarante ans. Avec le XXe siècle, l’Académie élit des membres correspondants et instaure des conférences à destination d’un public rochelais toujours plus avide de connaissances. L’Académie de La Rochelle a eu des présidents notables, tels René Mondon (ancien consul général de France) et Charles Mavaud (qui a été le premier à s’investir dans la Conférence Nationale des Académies des Sciences, Lettres et Arts de France).

            La parole était ensuite donnée à "nos" Académiciens montalbanais. Le président Philippe Bécade soulignait d’emblée les liens historiques existant entre les deux villes et affirmait : « ces échanges seront aussi fructueux sur le plan intellectuel qu’enrichissants sur le plan humain ». Puis il présentait à la nombreuse assistance notre ville de Montauban « parfois ignorée, souvent méconnue » et, bien sûr, notre vénérable Académie.  Le président Philippe Bécade concluait son intervention en soulignant notre « très vif plaisir d’avoir été reçu par votre dynamique Académie dans une ville chargée d’histoire ». (voir le texte du discours de Philippe Bécade). (voir le discours de P. Bécade)

            Après que le docteur Michel Suspène, membre titulaire de l’Académie de Montauban, ait lu un texte tiré d’un manuscrit inédit (1764) « En passant par La Rochelle » de deux Parisiens qui entreprennent de visiter la France, il revenait à Jean Luiggi, secrétaire général de notre Académie, de prononcer une conférence sur Michel Bérauld (1537-1611) et Pierre Bérauld (1577-1642) : deux pasteurs de combat (voir la communication de J. Luiggi). L’académicien avait découvert ce texte chez l’antiquaire Dufor-Quercy (place de la Cathédrale, Montauban) ; il s’agit d’une copie faite par l’ancien archiviste départemental Charles Dumas de Rauly, l’original étant déposé à la Bibliothèque Nationale. Au travers de la vie de ces deux pasteurs, c’est toutes les relations existant entre Montauban et la Rochelle à une période difficile –  des guerres de religion à la révocation de l’Edit de Nantes) – qui sont rappelées. La ville protestante de La Rochelle s’est inclinée lors du siège de 1627-28, et doit ouvrir ses portes à Louis XIII et Richelieu. Peu après, Montauban ne les accueille-t-elle pas à son tour ? La "Genève française" tombe, la religion réformée s’incline mais dans les deux cas, à La Rochelle comme à Montauban, la communauté protestante était divisée entre les "durs", qui voulaient une solution armée, et les "modérés" qui tendaient vers une transaction avec le pouvoir royal. (voir la communication de M. Suspène).

            La dernière conférence était prononcée par Guy Astoul, membre titulaire, avec pour thème : Entre résistance et soumission, les notables de Montauban et de La Rochelle au regard d’un témoin, Pierre Bérauld, en 1627 et 1628. A partir de l’œuvre de ce dernier, on retrouve les réactions des Montalbanais. Pour La Rochelle, des témoins comme Pierre Mervault permettront de connaître les réactions locales et notamment les divisions chez les notables. Parmi les nobles de grande famille, quelques-uns ont refusé de soutenir la rébellion. Les élites montalbanaises et rochelaises étaient de leur côté inquiètes de l’endettement des deux cités, compte-tenu des difficultés du commerce et de l’aggravation des dépenses de guerre. Quant aux pasteurs, ils étaient plutôt modérés… excepté le Montalbanais Pierre Bérauld, très engagé et militant, et le Rochelais Jean-Pierre Salbert, aux côtés de Jean Guiton,  maire intransigeant de La Rochelle qui ne s’inclina que devant les ravages de la famine.

            Il revenait au maire-adjoint en charge de la Culture, M. Arnaud Jaulin, de rappeler que, dans cette salle de l’Oratoire, le roi Louis XIII était venu en personne et que le cardinal de Richelieu y avait célébré la messe au soir de la reddition de la ville. Puis il se livrait à une analyse pertinente des points communs qui lient La Rochelle et Montauban : «  J’ai compris que nos deux villes sont sœurs et que l’histoire de nos deux Académies est parallèle. Les sièges ont eu lieu à la même époque, dans la décennie 1620-30. Dans le domaine des juridictions, là aussi le parallélisme est évident. Dans l’histoire moderne, on trouve les traces du passage d’Henri IV à Montauban et à La Rochelle. Les Bérauld, c’est l’histoire d’une famille importante à La Rochelle ; elle a enseigné au collège de Navarre. Nos cathédrales ont été construites à la même époque. Et puis notre évêque, Bernard Housset, a été antérieurement évêque de Montauban. Je terminerai ces comparaisons en disant que nous avons dans notre cathédrale la copie du tableau d’Ingres, "Le Vœu de Louis XIII", dont vous possédez l’original à Montauban ».

            Suivait un échange de cadeaux. Le président Bécade remettait au président Flouret la médaille de l’Académie de Montauban ainsi que trois ouvrages : le Dictionnaire des Montalbanais illustres, méconnus, oubliés… (œuvre collective de l’Académie en 2015), Louis XIII et les 400 Coups (Privat, 2002) de Janine Garrisson et Paul Duchein, Montauban la secrète (2012) de Philippe Ploquin et Françoise Peuriot. Enfin, au nom de la ville de Montauban, il offrait à l’Académie de La Rochelle un livre remarquablement illustré sur les deux Montalbanais les plus célèbres : Ingres (texte de Georges Vigne) et Bourdelle (texte de Florence Viguier). Le président Flouret remettait à son tour à l’Académie de Montauban, outre le catalogue raisonné des œuvres du peintre Gaston Balande (1880-1971), la médaille commémorative du prix d’éloquence de l’Académie de La Rochelle en 1768, ainsi qu’un ouvrage ancien précieux et rare : Lettres patentes, statuts et règlements de l’Académie des Belles-Lettres de Montauban (imprimé à Montauban chez François Descaussat, imprimeur du Roi, 1745).

Conclusion

            Un constat s’impose : ce déplacement de l’Académie de Montauban à La Rochelle a été remarquable de bout en bout. Il a permis de nouer des liens étroits avec une ville qui a beaucoup de points communs avec la cité d’Ingres de par son passé ancien ou son histoire récente. Ensuite, l’esprit convivial des participants à ce voyage ainsi que leur ponctualité exemplaire dans les divers déplacements programmés ont contribué pleinement à sa réussite. Montauban attend à présent les Rochelais sur les bords du Tarn !

PS : Notre Académie a eu l’immense plaisir de retrouver, dans la salle de l’Oratoire, Monseigneur Bernard Housset, ancien évêque de Montauban et membre titulaire de l’Académie. Muté en Charente- Maritime en 2007 pour prendre en charge le diocèse de La Rochelle et de Saintes, nous l’avons retrouvé tel que nous le connaissions : souriant et jovial. Notre venue à La Rochelle coïncidait avec la fin de son apostolat. Désormais il est redevenu  simple prêtre dans un village du sud du département, à proximité de l’estuaire de la Gironde. Nous lui redisons toute notre cordiale sympathie et lui présentons tous nos vœux de réussite pastorale dans sa nouvelle mission.