Imprimer

 

Salvador Dali et Gala

Gala et Salvador Dali

Des couples mythiques d’où sont nés tant de chefs-d'œuvre "

par Mme Andrée CHABROL-VACQUIER, membre titulaire (séance du 2 mai 2016)

 

 

            Au cours des siècles, l’image du couple habite l’histoire des chefs-d’œuvre dans tous les domaines de l’art. "L’Autre" ensemence l’œuvre qui, de toute façon, naîtra. Qu’aurait-été Rodin sans Camille Claudel, Saint-Exupéry sans Consuelo, Dali sans Gala, et tant d’autres ? C’était le thème de la brillante conférence "Des couples mythiques d’où sont nés tant de chefs-d’œuvre" faite à l’Académie par Mme Andrée Chabrol-Vacquier, membre titulaire.

 

            Premier exemple : le couple Auguste Rodin ("l’ogre") et Camille Claudel ("la proie"). Auguste a 24 ans de plus que Camille. Leur passion dure de 1884 à 1898. Rodin ne craint-il pas qu’elle devienne une rivale alors qu’elle lui sert d’inspiratrice ? C’est vrai : Camille se sent étouffée au point de cristalliser sa haine sur le sculpteur et de l’accuser de plagiat. Ne crée-t-elle pas Persée et la Gorgone, La Sirène, La Valse, donnant à ces œuvres une vision d’harmonie et de fusion amoureuse ? Elle est la grande sculptrice du couple. En 1912, elle est internée dans un asile psychiatrique… ce qui soulage Rodin. Elle y restera jusqu’à sa mort, étant reconnue comme l’un des plus grands génies de la sculpture occidentale. En conclusion, Mme Chabrol-Vacquier souligne : « On peut affirmer que la relation de ces deux génies de la sculpture a donné naissance à des chefs-d’œuvre, nés souvent dans la souffrance ».

            L’histoire de Saint-Exupéry et de Consuelo Suncin (« l’ours brun » et « le petit oiseau des îles ») est édifiante. Entre le directeur de l’« Aeroporta Argentina » à Buenos Aires et Consuelo, originaire du Salvador, l’idylle commence dès l’été 1930. Antoine aime « sa petite âme sauvage ». Mais les deux amants vivent sous des toits différents car Saint Exupéry passe du temps avec Nelly de Vogüé qui facilite la publication de son roman Terre des hommes. Les époux se retrouvent, se disputent, se réconcilient et s’installent à Oppède-le-Vieux, dans le Lubéron, où Consuelo a le bonheur de fréquenter des surréalistes, tels Duchamp et Max Ernst. Antoine écrit Le Petit Prince durant l’été 1942, mais beaucoup de traits du héros sont empruntés à Consuelo, comme les côtés bavard et dépensier, la coquetterie. En 1944, au cours d’un vol, la radio perd la trace du pilote. Consuelo est inconsolable. En 1945, elle fait valoir ses droits et devient l’ambassadrice de l’œuvre de son mari. Elle s’attache au succès grandissant du Petit Prince, sculpte des bustes de Saint-Exupéry, expose, reprend goût à la vie. E n 1979, elle s’éteint ; comme l’homme tant aimé n’a pas de sépulture, elle désire être enterrée au cimetière du Père-Lachaise auprès de son second mari, l’écrivain Gomez Carillo.

            Le troisième exemple est celui de Salvador Dali et de Gala, « le fou génial » et « l’étoile russe ». Ils se rencontrent en 1929. Gala (de son vrai nom Hélène Dmitrievna), d’origine russe, lit beaucoup, aime la poésie et la musique. Elle est l’épouse de Paul Éluard qui lui fait connaître Man Ray, Picabia, Duchamp, Breton, Aragon, Soupault… À la fin des années 1930, séparée de son mari, elle veut son indépendance. En 1929, elle a rencontré Salvador Dali à Cadaques. Jeune artiste, c’est un homme original, à la mode vestimentaire excentrique. Il est fasciné par Gala qui entend son cri et y répond. Dès lors, sa peinture devient tributaire d’un amour "miraculeux". Et Gala de devenir une sœur et une madone, de jouer son rôle d’égérie et de créatrice de génie. En 1934, le couple se marie. Dali obtient un grand succès et, en 1940, tous deux s’installent à New York pour huit ans. Cette période américaine élaborera un mythe. Gala invite Dali à "bluffer" les Américains qu’elle trouve superficiels en matière d’art. Dali crée toutes sortes d’objets et, pour cela, l’âme russe de Gala fait merveille. Mais il est pris au piège de la création, au piège de sa boulimie d’argent. Il prend conscience qu’il se perd. Le couple rentre en Europe et Dali offre à sa femme un château… où elle comble sa solitude avec des amants de passage. Dali ne pense qu’à son projet de musée afin que son œuvre soit mise à l’abri. Celui-ci ouvrira en 1974 et sera visité par le couple royal d’Espagne. En 1978 rien ne va plus entre Dali et Gala, les disputes se multipliant. Gala se brise le col du fémur en 1982 et meurt au château de Pùbol aux côtés de son mari. Gala avait fait de Dali le plus rayonnant des peintres du XXe siècle.

            Mme Chabrol-Vacquier terminait de la sorte : « L’amour est une force miraculeuse pour ceux qui la vivent comme pour l’entourage… Ce besoin de dépassement aboutit au miracle, à la création… Si ces couples se sont déchirés, ils se sont surtout aimés et leur passion démesurée a engendré des trésors universels et des chefs-d’œuvre immortels ».

            Le président Philippe Bécade concluait ainsi ces évocations : «  Merci de nous avoir promené dans cette galerie d’artistes à la vie compliquée. Mais peut-il en être autrement ? Je note cependant qu’il y a des couples sans histoires, tels Robert et Sonia Delaunay, Marie Laurencin et Guillaume Apollinaire… et bien d’autres. Et puis il faut réintégrer dans l’histoire de ces couples un paramètre qui est celui de l’époque où ils ont vécu. »