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Portrait du Général de Gaulle par Jacques Narbonne (collection privée)

 

 " L’entourage du général de GAULLE (juin 1958-avril 1969) "

par M. Eric CHIARADIA, membre associé

(séance du 7 novembre 2016)

              Professeur agrégé d’histoire, spécialiste de la période, M. Eric Chiarada était le conférencier idéal pour présenter l’entourage du Général durant la période considérée. Président du Conseil de juin 1958, appelé pour résoudre la crise algérienne, De Gaulle devient en janvier 1959 le premier président de la Ve République et le restera jusqu’à sa démission du 28 avril 1969, suite au référendum perdu sur la réforme du Sénat et la régionalisation. Auprès de lui, à l’hôtel Matignon, puis au palais de l’Elysée, il s’entoure de conseillers civils et militaires dont le choix relève avant tout de leurs compétences techniques. Lors de sa retraite à Colombey-les-Deux-Eglises (1946-58 et 1969 à sa mort), le Général conservera toutefois autour de lui quelques fidèles collaborateurs. Et Eric Chiarada de poser d’emblée la question : quelles sont les spécificités de l’entourage gaullien de 1959 à 1969 par rapport aux équipes précédentes et à celles qui suivent ?

            De Gaulle bénéficie dès la IVe République d’un entourage nombreux au service de l’Etat, à savoir de membres provenant de la France Libre et du parti qu’il a créé : le Rassemblement du Peuple Français (RPF) tels Georges Pompidou, Jacques Foccart, Olivier Guichard et Pierre Lefranc. Il dispose du secrétariat général à la Présidence de la République qui suit l’activité des ministères à l’exclusion des affaires militaires, de l’outre-mer et de la communauté France-Afrique. L’état-major particulier du président de la République est créé en janvier 1959 et traite des questions militaires et de défense. Il faut y ajouter le commandant militaire du Palais, officier de gendarmerie. Les officiers constituent le tiers permanent des effectifs, ce qui donne un style particulier à la présidence gaullienne.

 

 

            L’entourage du Général provient en grande partie de la région native du président qui se méfie du sud qui lui est plutôt défavorable. Huit collaborateurs proviennent cependant du grand Sud-Ouest dont principalement Georges Pompidou (natif du Cantal), auxquels s’ajoutent des Toulousains (Georges Delrieu, Marcel Lennuyeux-Comnène, Gérard Barrère, etc.). Il y a aussi Jacques Narbonne admis à l’Académie de Montauban en février 1959, lié par son épouse à la famille Courtois de Maleville. Il sera l’organisateur des voyages intérieurs, en particulier celui qui mène le Général en Tarn-et-Garonne en avril 1961.

            Quels sont les legs de l’entourage présidentiel ? Il y a d’abord le recrutement des hauts fonctionnaires issus des grands corps de l’Etat (ENA, Inspection générale des Finances, corps diplomatique, Cour des comptes). Il y a aussi la présidentialisation du régime : le président de la République ne préside-t-il pas le Conseil des ministres, le Conseil supérieur de la magistrature, le Comité supérieur de la défense nationale ? Les conseillers présidentiels assistent à ces réunions et suivent l’application des mesures. La "Maison" présidentielle est également composée de grands commis anonymes et inconnus du grand public… et rares sont les collaborateurs qui deviennent ministres (seuls Georges Pompidou et Olivier Guichard feront exception). Toutefois l’Elysée n’échappera ni aux tensions ni aux crises : ainsi, en 1960-61, des conseillers civils et militaires quittent le général de Gaulle du fait de l’orientation prise dans l’affaire algérienne. En 1968, des doutes s’installent au Palais isolé pendant la crise de mai.

            Aujourd’hui, l’entourage du général de Gaulle est entré dans l’Histoire comme la Grande Guerre avec la mort du dernier "poilu". Si les témoignages diminuent, l’accès aux archives s’ouvre. Le temps du document remplace celui du témoignage oral. En conclusion, Eric Chiarada cite en exemple  Georges Pompidou qui, malade, a brossé un portrait élogieux de son chef, « rendant un bel hommage à la personne gaullienne et à sa capacité de former une élite au service de la nation ».

            Il revenait au président Philippe Bécade de conclure en ces termes : « Vous nous avez beaucoup appris sur les collaborateurs du président de Gaulle qui fut un véritable chef. Son entourage était composé d’abord de techniciens, ce qui traduit un souci de modernité. Il y avait  peu de femmes dans son cabinet… mais ne leur avait-il pas donné le droit de vote en 1945 ? Il se méfiait du Sud, qui l’avait beaucoup combattu, notamment les terres du radicalisme. Merci d’avoir rappelé la mémoire de Jacques Narbonne, qui avait déjà rapporté à l’Académie ses impressions sur le Général et qui avait été conseiller technique pour l’Education nationale à ses côtés. . Mais il ne faut pas occulter les zones d’ombre, en particulier les conditions de son arrivée au pouvoir ou le sulfureux Service d’Action Civique (S.A.C.), car aujourd’hui on a tendance à idéaliser le personnage. Mais les historiens pourront à l’avenir, grâce aux archives, apporter des éléments nouveaux sur De Gaulle et son entourage ».