Ptain Montauban le 6 novembre 1940 au cours Foucault 1

Le Général Pétain à Montauban le 6 novembre 1940

(cliché avec l'autorisation du Musée de la Résistance et de la Déportation de Montauban)

 

  " Les préfets de Tarn-et-Garonne pendant l’Occupation.

D’après les rapports mensuels des trois préfets qui se succédèrent à Montauban "

par Mme Geneviève FALGAS, membre titulaire (séance du 9 janvier 2017)

Pour la première séance de la nouvelle année, il revenait à Mme Geneviève Falgas, membre titulaire, de faire une communication très instructive et à tous points de vue intéressante sur « La vie quotidienne en Tarn-et-Garonne pendant l’Occupation d’après les rapports des préfets (1940-1944) » : Albert Durocher (1940 - 1942), François Martin (janvier 1942 - décembre 1943) et Maurice Vincent (janvier - août 1944).

   Les rapports préfectoraux puisaient principalement leurs sources à partir de ceux du sous-préfet, des renseignements généraux et des commissaires de police. A ceux-ci, Mme Falgas a ajouté les témoignages divers des résistants et autres acteurs, conservés aux Archives départementales. La priorité était le ravitaillement. Vichy avait créé pour cela une "police économique". Si la pénurie touchait surtout les produits alimentaires, en réalité tout était rationné (cuir, tissus, pneus, huile, etc.). Le second souci pour les préfets résidait dans le contrôle de la population : ainsi, mois après mois, chaque préfet décrivait l’état d’esprit de l’opinion publique et surtout ce qui était appelé « propagande anti-gouvernementale », essentiellement celle des gaullistes et des communistes.

 

   Durant cette période, on sent peu à peu monter l’esprit de résistance. Celle-ci s’organise. « La défaite de l’Allemagne est toujours aussi vivement souhaitée », écrit le préfet Martin en mai 1942. Le 8 novembre de la même année, c’est le débarquement anglo-américain sur les côtes d’Afrique du Nord. Le préfet fait part dans son rapport du lendemain d’une opinion publique désorientée par cette nouvelle qui « a fait naître immédiatement un grand souffle d’espoir », aussitôt démenti par l’irruption brutale des troupes allemandes. Après Marseille et Toulon, Montauban et le Tarn-et-Garonne sont occupés le 11 novembre 1942. L’armée d’armistice est dissoute ; il n’y a plus de zone libre.

   Si au plan extérieur, les « opérations d’Afrique du Nord sont suivies avec un intérêt passionné par nos concitoyens » (rapport de février 1943), une grande partie de la population craint les Soviétiques, pourtant alliés, qui pourraient imposer le régime communiste. Quant à la situation intérieure, Mme Falgas souligne fort à propos que les départements du Sud-Ouest sont confrontés à la présence directe des Allemands. « Seule la fin de la guerre peut mettre fin à cette situation explosive », lit-on dans un rapport de mai 1943. Ayant pris sa distance avec Vichy, le préfet François Martin démissionne en décembre 1943. Sous le mandat du préfet Maurice Vincent, on assiste à la décomposition accélérée du régime de Vichy et à la montée irrésistible de la Résistance. Aussi la répression bat son plein : la recrudescence des sabotages et des attentats provoque un durcissement des représailles.

   En conclusion, la conférencière souligne le reflet d’un Tarn-et-Garonne et d’une France abattus, dépendants de l’Allemagne, vidés de leurs hommes, pillés dans leurs ressources agricoles et industrielles, où les habitants enduraient des restrictions de toutes sortes, souffrant de la faim et du froid, où les civils étaient victimes de représailles sanglantes. À ces malheurs, s’ajoutaient ceux de la division de la trahison et de la délation. La vie quotidienne était placée sous le régime de la collaboration. Mais, à la lueur de ces rapports, force était de constater l’esprit de résistance en Tarn-et-Garonne. C’est peut-être sur ce terreau de résistance que les maquis purent vivre et se développer jusqu’à la libération du département les 19 et 20 août 1944.

   Le président Philippe Bécade clôturait cette séance en soulignant : « Vous nous avez apporté sur un tel sujet un éclairage tout administratif et intéressant. Vous nous avez aussi replongés dans   Un village français et les récits des habitants. Vous avez évoqué le problème de la pénurie alimentaire, de la réquisition des véhicules, et enfin les centaines de milliers de lettres de délation, le plus souvent empreintes de jalousie, qui dorment dans nos archives. Faut-il les réveiller ? ».