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La croupade

 

Histoire et légende d'un patrimoine mondial : Le cadre noir de Saumur

par M. Robert d'Artois, membre associé  (séance du 6 février 2017)

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            C’est à une conférence passionnante à laquelle a été convié le nombreux public. Le sujet : « Histoire et légende d’un patrimoine mondial : le Cadre Noir de Saumur ». Pourquoi Saumur, fruit de l’Histoire et des Guerres de religion ? L’auteur : Robert d’Artois, membre associé, professeur de philosophie honoraire, ancien directeur départemental de la Jeunesse et des Sports en Tarn-et-Garonne et régional en Picardie, président de l’AMOPA 82, qui a dirigé à partir de 2008 l’École Nationale d’Équitation inscrite par l’UNESCO au patrimoine culturel et immatériel de l’humanité.

            La plus forte expression de l’École Nationale d’Équitation est le Cadre Noir de Saumur, dépendant du ministère de la Jeunesse et des Sports. Créée en 1972 après accords au plus haut sommet de l’État, elle s’installe sur un terrain de 300 hectares à Saumur. Aussitôt des manèges sont construits avec leurs écuries attenantes ; de nouvelles pistes s’ajoutent à l’hippodrome existant. Les écuyers militaires sont remplacés par des écuyers civils et l’uniforme conserve la tenue noire. Ces derniers sont recrutés selon une règlementation précise et ont obligation d’avoir trente ans. Le Cadre Noir a trois missions : maintenir le prestige de l’École Nationale d’Équitation française, former des instructeurs et s’engager dans des compétitions.

            Le Cadre Noir a été créé en 1825, son histoire ayant commencé avec Henri IV à la fin du XVIe siècle. Si pendant longtemps les cavaliers français ont brillé dans les carrousels au détriment de leur triomphe sur les champs de bataille, au milieu du XVIIIe siècle Choiseul décide « d’inspirer dans tout le royaume l’esprit cavalier et de répandre les connaissances équestres qui avaient trait à la guerre ». Du coup, le cheval devient le meilleur auxiliaire du combattant. Ce qui est pour déplaire à l’évêque d’Angers qui lance : « Fermez vos portes à ces beaux messieurs ! »… craignant pour la vertu de ses paroissiennes ! Le colonel de Saint-André lui répliquera deux siècles plus tard : « Saumur, cité protestante, donc damnée d’avance pour ce prélat rigoriste, aussi lui importait-il peu que les Saumuroises connussent quelque pêché supplémentaire, dont elles pourraient de surcroit tirer agrément ».

 

 

            Le 11 juin 1763, Saumur accueille in fine 300 carabiniers. En 1771, l’École Nationale d’Équitation est constituée avec, pour principe : « Y apprendre et mettre en pratique les enseignements propres à la cavalerie sur le champ de bataille ». Les années passent, les rivalités continuent et, le 10 mars 1825, le roi Charles X transfère l’l’École de Cavalerie de Versailles à Saumur. C’est à partir de ce moment que naît le Cadre Noir, avec à sa tête le général Oudinot qui nomme Jean-Baptiste Cordier écuyer en chef du manège. Il formule des instructions d’équitation, selle amarante (rouge pourpre), donne son temps à la reprise des écuyers, commande la reprise des sauteurs. La pratique est tout autant orientée vers l’art que vers le sport, y compris les courses. Et c’est le général L’Hotte, écuyer en chef en 1864 qui, finalement, codifiera la doctrine équestre française. Par la suite, le commandant Margot (1946-64), le colonel de Saint-André (1964-72) et le général Pierre Durand (1975-1984), remarquables cavaliers, façonneront les prestations du Cadre Noir, recruteront des  écuyères et dirigeront l’École avec discrétion et compétence.

             Au début du XXe siècle, est créé le championnat du cheval d’armes, ancêtre du concours complet d’équitation, épreuve emblématique du Cadre Noir. Entretemps, l’équitation devient discipline olympique (1912). Aujourd’hui le rayonnement de l’École d’Équitation française est tel qu’elle est invitée dans le monde entier. L’École accueille aussi de nombreux cavaliers étrangers pour des stages de formation et la certification "Saumur" est un prestigieux label. Concernant la compétition, elle comprend deux manèges dont un pour le pôle France. Les compétences des écuyers sont très demandées à l’étranger. Une unité de soins, un centre médico-sportif et un service recherche et développement fonctionnent à plein temps. Robert d’Artois concluait sa brillante conférence par : « L’École et le Cadre, fidèles à la maxime du colonel Danioux, écuyer en chef en 1929 « Le culte de la tradition n’exclut pas l’amour du progrès » sont toujours résolument tournés vers le futur ». Et de lancer : « Calme, en avant, droit ».

            Le président Philippe Bécade ajoutait une dernière note à ce récit passionnant, notant : « Ce fut une conférence royale, non académique… et parfaitement académique ! Saumur doit la présence d’un Cadre Noir à un parangon de vertu. Vous avez rappelé le rôle des chevaux pendant la guerre, mais aussi que les cavaliers étaient des dangers redoutables pour la gens féminine ». Et d’ajouter : « Quelque chose m’intrigue : vous avez dit que Xénophon était l’auteur du premier ouvrage au monde sur l’équitation. Ne le doit-on pas en réalité aux Hittites, inventeurs du char de combat ? La question reste posée ».