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Félix Castan hérétique

 par Roland Garrigues, membre titulaire  (séance du 6 mars 2017)

           

La dernière séance de l’Académie a vu Roland Garrigues, membre titulaire, entretenir son auditoire sur un homme qu’il a bien connu. « Félix Castan hérétique » : tel était le titre de sa conférence, titre parfaitement en adéquation avec la personnalité de Félix Castan, le conférencier rappelant l’apophtegme d’Albert Camus :  « Tout révolutionnaire finit en oppresseur ou en hérétique ».

            À Montauban, Félix Castan a déployé toute son énergie pour la culture, mais n’a pas toujours été compris. Ce qui résume le plus sa vie, c’est sa lutte contre le centralisme parisien, ainsi que son combat pour la culture occitane. Il était né le 1er juillet 1920 à Labastide-Murat, de parents d’origine  fort modeste. Dès 17 ans, il écrit un premier recueil de poésies, obtient deux bacs (math-élém et philo), suit les cours de khâgne à Paris. Il tombe gravement malade, ne guérira qu’en 1940, sa convalescence lui ayant permis de lire les œuvres de Perbosc et de Cubaynes. La littérature occitane est pour lui une révélation. Pendant la guerre, il est envoyé aux chantiers de jeunesse…. Libéré, il s’installe à L’Honor-de-Cos où il rencontre le peintre Lucien Andrieu ; il correspond avec Jean Malrieu, Robert Lapoujade,  découvre le jazz avec Hugues Panassié et prend contact avec les occitanistes dont Max Rouquette, René Nelli et Antonin Perbosc. Engagé volontaire en 1944, Félix Castan participe aux combats de la Pointe de Grave, puis participe à la libération de Strasbourg et tombe à nouveau malade. Rentré à Montauban, il prépare le concours d’entrée à l’École Normale, devient instituteur en 1947, professeur de collège en 1958. C’est le moment où il est introduit dans les sphères de l’Institut d’Études Occitanes, travaillant à la rédaction de la revue OC, et il adhère au Parti Communiste. Castan fait œuvre de critique, écrivant dans les Annales de l’IEO que le « peuple adhèrera à la culture d’oc pour ses vérités et non point du fait qu’elle lui serait personnelle ».

 

 

            A partir des années 1950, Félix Castan participe activement à la vie culturelle de Montauban, montant au musée Ingres, avec son épouse Marcelle Dulaut, une exposition sur le peintre Andrieu. Il collabore à « Art Nouveau » aux côtés de personnalités locales et nationales, intégrant le comité d’organisation. Un des objectifs d’« Art Nouveau » était de faire dialoguer les poésies française et occitane. Aidé par sa sœur, il crée le « Festival du Languedoc », avec pour thème le " Théâtre du Siècle d’Or espagnol ". Parler de la culture du pays voisin, en pleine dictature, n’était-ce pas une hérésie ? Du coup, la Place Nationale apparaît comme un lieu scénique incomparable. Mais très vite un conflit naît sur le devant de la scène et un procès se fait jour contre l’adjoint montalbanais de la culture… qui est aussi son directeur de collège ! « Situation inédite autant que cocasse » notera Roland Garrigues.

            Néanmoins l’affaire s’apaise et le « Festival du Languedoc » continue à programmer des pièces du Siècle d’Or. Il se transforme en « Festival d’Occitanie » jusqu’à sa disparition en 2000, l’arrivée de Benedetto ayant contribué à programmer des pièces de facture occitane. Félix Castan aura su faire éclore de jeunes talents comme Christian Poulanges qui a organisé les rencontres vidéo, puis « Montauban Caméra » avant de créer l’association « Eidos ».

             Mais pour Castan, il s’agissait d’éviter trois écueils : le populisme, le passéisme et le provincialisme. Il a par ailleurs toujours veillé à l’indépendance de son comité d’organisation et résisté à plusieurs déviations (notabiliaire, commerciale, municipale et institutionnelle). Et puis, il y a eu l’entreprise de la « Mòstrà del Larzac ». Le Larzac ne fait-il pas penser à toutes les hérésies dont celle des Templiers ? Dénommée « Centre d’Art contemporain Occitan », elle proposait de faire connaître les artistes de l’espace occitan, de toutes les écoles et tendances. La revue Mòstra venait en soutien des actions entreprises par Félix Castan et de ses amis en sus des Éditions Cocagne qu’il venait de fonder. Tout cela a contribué à l’établissement d’une convention de développement culturel entre le ministère de la Culture et la ville de Montauban. Ainsi, on ne peut plus parler d’hérésie mais de relations privilégiées avec les institutions et le pouvoir en place. L’Ordre du Mérite viendra couronner l’œuvre de Castan dans le domaine culturel.

            Roland Garrigues  terminera sa conférence en évoquant les rapports de Félix Castan avec la poésie. Le conférencier insistera sur le rôle d’ « homme d’action, penseur, poète, écrivain à l’œuvre théorique considérable, défricheur en perpétuel mouvement » qu’a été Félix Castan. Ce grand amoureux de la culture occitane est décédé le 12 janvier 2001 au terme d’une vie bien remplie, une vie de combats, d’érudition, d’écriture et d’actions. Et Roland Garrigues de rappeler la célèbre formule de Félix Castan lui-même : «  Après la mort, la vie ; après la mort, l’œuvre. »

            Il revenait au président Philippe Bécade de conclure : « Que dire après cet émouvant hommage sur une figure montalbanaise qui mérite d’être lue, entendue, mieux connue du grand public ? Mais nul n’est prophète en son pays… Félix Castan était une personnalité protéiforme ; c’est lui qui a remis en situation le terme "Occitanie". Vous avez dit qu’il avait extirpé de l’oubli Olympe de Gouges. Ça doit l’irriter là où il est de voir Olympe être confisquée par la république parisienne. Et puis, sans son action, nous ne serions pas ici car il a fait partie de la poignée de Montalbanais qui a sauvé l’Ancien Collège. Infatigable promoteur de la culture occitane, Castan n’est jamais tombé dans un folklore passéiste ; il a su s’entourer d’artistes et d’auteurs d’avant-garde tout au long de ses multiples entreprises. »