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L'évolution de la population de Tarn-et-Garonne

par Pierre Gauthier, membre associé, séance du 3 avril 2017

 

                                                Pour voir cliquer ici :  La population de Tarn-et-Garonne, quelques chiffres 

 

            C’est à une riche conférence à laquelle a assisté le public de l’Académie, prononcée par M. Pierre Gauthier, membre associé, sur le thème « La population de Tarn-et-Garonne de 1808 à nos jours : comment a-t-elle évolué au gré des humeurs de l’Histoire ? » Une enquête récente publiée dans les colonnes de La Dépêche du Midi a montré que notre département a enregistré entre 2006 et 2011 la plus forte croissance en France métropolitaine. À partir de ce constat, le conférencier pouvait dresser l’inventaire de cette population sur plus de deux siècles.

            À sa création et pendant un siècle, le Tarn-et-Garonne subit un déclin démographique, perdant 1 habitant sur 3 ! La population, chiffrée à 228 000 habitants en 1801, a cru jusqu’à un pic de 242 000 en 1846 ; puis elle a connu un long mouvement de baisse jusqu’à un creux historique de moins de 160 000 habitants après la guerre 1914-18 : c’est ce qu’on appelle la "transition démographique" propre à tous les pays. Dans notre département, cette baisse est due à plusieurs facteurs : les épidémies (choléra, variole, grippe "espagnole"), les conditions d’hygiène désastreuses, la montée de l’alcoolisme et de la tuberculose. Si l’on tient compte de la fécondité des ménages et de la natalité qui ont baissé trop tôt, il en résulte qu’en 1916 le Tarn-et-Garonne perd au moins 2 500 naissances par an pendant un siècle ! Pourquoi ? Les causes résident dans la diffusion de techniques de régulation des naissances, dans l’exode rural, dans la perte non négligeable d’emplois industriels.

 

 

            À partir des années 1920, après la saignée de la Grande Guerre, le déclin s’accélère : entre 1911 et 1921, le Tarn-et-Garonne perd 23 000 habitants, le milieu agricole étant très touché par la perte des tués et des mutilés de guerre. L’archiviste départemental, Séverin Canal, en avait noté les raisons en 1929 : baisse de la valeur vénale de la terre, disparition de l’artisanat rural, appauvrissement des collectivités locales, activité manufacturière en gros déclin. Survient alors en 1909 un fait méconnu : la création dans le département d’une Agence de placements nourriciers d’enfants par le département de la Seine. Les "convois" d’enfants atteignent le notre département et Pierre Gauthier cite le chiffre de 4 000 placements (il y aura encore 800 enfants en 1977), avant de noter : « L’influence de ces placements sur la démographie des communes semble en définitive négligeable. »

            À partir de l’entre-deux guerres et jusqu’à nos jours, on assiste à trois phénomènes majeurs : la mise en place au plan national d’une politique familiale, une série de vagues migratoires et d’exodes, le décollage de l’agglomération toulousaine. Dès les années 1920-30, on assiste à une timide remontée grâce à l’immigration italienne, exclusivement rurale et familiale avec l’arrivée en Tarn-et-Garonne d’environ 10 000 paysans provenant surtout d’Italie du Nord. Bon nombre de ces gens sont aisés sur le plan financier et ont beaucoup d’enfants : il n’est donc guère étonnant qu’ils auront une réelle influence sur une agriculture locale peu dynamique et qu’ils pousseront au progrès de l’hygiène. De toute évidence, ils ne contribueront pas à la xénophobie ambiante de l’entre-deux-guerres.

            Ainsi une croissance lente mais durable de la population commencé pendant la guerre 1939-45 ; le phénomène est amplifié par les effets de la "Retirada" (arrivée massive de républicains espagnols après la chute de Barcelone fin janvier 1939 accueillis surtout au camp de Judes, à Septfonds), par l’afflux de Belges et de Juifs (Moissac apparaît comme une "petite Belgique" tandis que les éclaireurs israélites de France créent la "Maison" où logent plus de 500 jeunes juifs). De 1946 à 1999, la population du Tarn-et-Garonne continue à croître de façon lente après le temps fort du "baby boom". Il faut ajouter l’arrivée d’environ 600 familles d’agriculteurs rapatriés d’Afrique du Nord,  entre 1961 et 1964. L’arboriculture tarn-et-garonnaise subit un coup de fouet très positif en même temps que l’on assiste à un renchérissement des terres dans les plaines alluviales. Le changement de siècle verra une reprise vigoureuse d’arrivées de populations étrangères : aux immigrations traditionnelles s’ajoutent les arrivées de Turcs, d’Asiatiques, de ressortissants des pays de l’Europe de l’Est ou d’Africains, particulièrement dans les régions de Montauban et Moissac avec une progression moyenne de 1,5 % par an (soit 3 500 habitants supplémentaires) entre 2006 et 2011. L’INSEE fait le constat que notre département se situe au premier rang du pays en termes de croissance démographique ! Cette croissance s’avère en fait inégalement répartie : elle est surtout concentrée autour d’un axe Castelsarrasin-Toulouse (anciens cantons de Montech, Grisolles et Verdun) et de l’aire urbaine de Montauban. Notre ville retrouve sa place de deuxième ville de Midi-Pyrénées (92ème rang au plan national).

            Le Tarn-et-Garonne n’est plus un "petit département rural" à structure vieillissante. Ici, l’indicateur de fécondité est l’un des plus féconds de France, l’indice du vieillissement baisse, le nombre d’emplois augmente plus qu’au plan national et qu’en Occitanie. En revanche, certains indicateurs sont préoccupants : taux de chômage élevé, pauvreté inquiétante, dépendante croissante au marché du travail toulousain, faiblesse du nombre de diplômés et d’étudiants. Pierre Gauthier pouvait conclure : « L’histoire nous apprend qu’il n’y a pas de fatalité. On nous annonce 280 000 habitants en 2021 et une croissance de 40% d’ici 2040. Mais cette croissance sera inégale en Tarn-et-Garonne : sa partie méridionale entre pleinement dans le processus de métropolisation alors que sa partie septentrionale aura, au mieux, des miettes. »

            Le président Philippe Bécade mettait un point final à cette conférence en notant : « D’un sujet apparemment complexe, vous en avez fait un récit attrayant.  Le Tarn-et-Garonne, enfant retardataire de la loi de 1790 portant création des départements a échappé à l’évolution naturelle. Il faudrait nous dire les influences respectives du code Napoléon, des théories de l’économiste anglais Thomas Malthus et des progrès de la contraception. Vous nous avez montré que l’immigration s’était avérée fort précieuse après les inondations de 1930 lorsqu’il a fallu reconstruire. Merci beaucoup pour votre exposé très enrichissant. »