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Programme du festival du Languedoc 1959

 

Théatre, patrimoine et création à Montauban, de 1960 à 2010

par François-Henri Soulié, membre associé, séance du 12 juin 2017

 

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C’est une originale et passionnante conférence à laquelle a assisté, pour la dernière séance avant l’été, le public de l’Académie. Son auteur : François-Henri Soulié, membre associé. Son thème : " Théâtre, patrimoine et création à Montauban, de 1960 à 2010 ". S’agissant du théâtre professionnel attaché à la création patrimoniale, le conférencier a mis l’accent sur le "Festival du Languedoc" et la "Compagnie Arche de Noé".

Le fait original à Montauban a été la création par « l’enfant du pays », Félix Castan, d’un festival qui tire son origine dès 1957, dans une manifestation autour des arts plastiques : " Le Salon du Sud-Ouest ". A l’époque, Montauban panse ses plaies après la guerre et vit au rythme de ses foires et marchés agricoles. La seule manifestation en ville est le carnaval à laquelle il faut ajouter la programmation du théâtre municipal, le jazz avec Panassié, la littérature avec Herment et Malrieu, les arts avec Dautry, de Faveri et Gunaud.

La direction du Festival du Languedoc est confiée à Jean Deschamps. La Place Nationale offre un cadre idéal, comme le souligne Félix Castan : « Il y a dans toute place publique comme une prédestination aux tréteaux, aux jeux du spectacle populaire ». En souvenir du Siècle d’Or espagnol, on va représenter des chefs-d’œuvre de l’art dramatique occidental : pièces d’inspiration religieuse, comédies en tous genres de Calderon, Tirso de Molina, Lope de Vega, Guillen de Castro, etc. Le théâtre est, à cette époque, un outil important de diffusion culturelle. La Place Nationale n’est pas sans évoquer l’architecture des places espagnoles et la « brique rose résonne souvent de la langue de Cervantès ».

Grâce à la collaboration de personnalités locales – Mathieu Méras, Daniel Ternois – mais aussi de la Fédération des Œuvres Laïques, des commerçants, des entreprises, l’aventure culturelle "citoyenne" de Félix Castan trouve son public dans un cadre « où les hautes façades de brique soutiennent d’autant mieux les voix que la scène, installée dans un des angles, crée une espèce de porte-voix géant… ». Les façades, drapées de tentures et sous l’effet des projecteurs, ajoutent à la féérie du spectacle. Le Festival du Languedoc, c’est la parfaite rencontre d’un théâtre, d’une ville et de ses habitants qui installent des petites lumières sur les rebords de leurs fenêtres ou qui, tout simplement, deviennent des figurants, comme dans cette pièce Fuenteovejuma, mise en scène par Jean Deschamps qui partira créer le festival de Carcassonne. A Montauban, le festival acquiert dès le début ses lettres de noblesse avec des pièces comme Don Juan, La Jeunesse du Cid ou Le Mariage de Figaro.

 

 

A partir des années 60, le festival connait des secousses. La création La Célestine et les amours tragiques de Calixte et Mélibée, qui dresse un tableau sans espoir de la condition humaine, est le premier détonateur. C’est aussi le moment où les rapports avec la municipalité connaissent une grande tension.

En 1962, une pièce de Lope de Vega est jouée en langue castillane. Viennent à Montauban les plus grands noms du théâtre français : Marie Casarès, Rosy Varte, Emmanuelle Riva, Alan Cuny, Denis Manuel, André Falcon, etc. En 1965, le nouveau maire, Louis Delmas, est en désaccord sur le contenu même de la programmation. Un procès s’ensuit entre la ville et Félix Castan ; dès lors le Festival du Languedoc poursuit sa programmation, sans son principal instigateur, sur la ligne qui a fait son succès : le baroque et la référence à l’Espagne. 1968 ne connait pas de festival. En 1969, Félix Castan est de retour et le théâtre grec est à l’honneur « avec des acteurs en blue-jeans » ! Après 1971, c’en est bien fini du Siècle d’Or, du baroque et de la création originale. La rencontre avec André Benedetto entraînera un changement de nom, le " Festival d’Occitanie " retrouvant le temps de trois spectacles originaux sa splendeur et son esprit d’antan. Est notamment présenté Le Siège de Montauban, avec de nombreux figurants et acteurs montalbanais. Suivront Les Drapiers Jacobins (1976) et Pique-nique au moulin d’Ardus (1979) inspiré du tableau de Lucien Cadène. Ces pièces seront reprises au Festival d’Avignon alors qu’à Montauban place est désormais faite au " Festival-Forum d’Occitanie " qui favorisera… les débats, colloques, et divers discours politiques sur la culture. Le divorce est consommé avec le grand public.

François-Henri Soulié en vient à une nouvelle aventure de création théâtrale et patrimoniale, la " Compagnie de l’Arche de Noé ", qui dure de 1967 à 1971. Ce nouveau théâtre est fait de gestes, de masques et de grandes figures animées. Danseurs, acteurs, musiciens, artificiers ou machinistes participent au langage d’une dramaturgie qui puise ses sources dans les cultures de l’Afrique ou de l’Asie, et encore dans l’Europe ancienne et contemporaine. La constante philosophique de l’Arche de Noé questionne le rapport de l’homme à ses semblables, à la nature et au cosmos.

La troupe de l’Arche de Noé s’est implantée à Moissac en 1984 avec de jeunes interprètes qui jouent L’An Mil, pièce inspirée par le tympan de l’abbatiale de Conques, mais aussi Les Vieillards de l’Eternité, rappelant les personnages du tympan de l’abbaye de Moissac. Elle s’installe à Montauban, dans le quartier Villebourbon, en 1997, à " L’Embarcadère ", lieu idéal qui signifie l’invitation au voyage vers l’imaginaire. Elle collabore avec la Compagnie de Danse du chorégraphe Andy Degroat et avec l’Orchestre baroque de Jean-Marc Andrieu. Mais après 2001, c’est à Perpignan que Guillaume Lagnel poursuivra son œuvre.

     En conclusion, François-Henri Soulié s’interrogeait sur la question de la disparition du théâtre de création à Montauban, terminant ainsi : « Gageons que le théâtre de création n’a pas dit son dernier mot ni vécu son dernier acte et qu’il connaîtra, à Montauban, une renaissance qui sera certainement l’œuvre d’une nouvelle génération appartenant au XXIe siècle. Le phénix ignore la cendre. Il n’y voit qu’un endroit propice à faire son nid. Le théâtre est ce phénix… ».

     Le président Philippe Bécade concluait cette brillante conférence en ces termes : « Vous venez d’avoir la reconnaissance du public qui vous l’a clairement témoignée. Vous nous avez exposé le parcours de deux expériences théâtrales : la première, classique dans sa programmation ; la seconde, passionnante et tournée vers la création. Le théâtre est un bouillonnement d’idées. Merci d’avoir rappelé la mémoire de Louis Auriacombe, créateur de l’orchestre de chambre de Toulouse, décédé en 1971 ; il n’a jamais été remplacé ». Et de formuler le souhait : « Y aura-t-il une troisième expérience de création théâtrale à Montauban. Y aura-t-il une idée qui émergera  ?  ».