Imprimer

Saga Charlemagne

      La saga de Charlemagne, éditée par Daniel Lacroix    

 Les relations culturelles en Europe au XIIIe siècle

par Daniel Lacroix, séance du 6 novembre 2017  

             Le 6 novembre, l’Académie accueillait M. Daniel Lacroix, président de l’Université Toulouse Jean-Jaurès, membre associé, qui a entretenu le public sur le thème « Les relations culturelles en Europe au XIIIe siècle ». Agrégé de lettres classiques, il enseigne depuis 1986 à l’Université Toulouse II Le Mirail, s’intéressant particulièrement aux littératures médiévales.

            D’emblée, le conférencier met l’accent sur les nombreux échanges qui s’opèrent aux XIIe et XIIIe siècles, depuis la France jusqu’à la Norvège et la Finlande en passant par l’Angleterre. Ils concernent pour l’essentiel la littérature médiévale, de la Chanson de Roland à François Villon. Dans un long préambule, il est rappelé ce qu’a été la politique des Plantagenêt d’Angleterre au XIIIe siècle ainsi que l’importance prise par certains auteurs dont Marie de France, première poétesse française qui vécut à la Cour d’Angleterre, avec son Lai du chèvrefeuille qui évoque le message poétique laissé par Tristan à Yseut. La littérature est sensible au mythe de Charlemagne ainsi qu’aux modèles provenant de l’Antiquité tardive. De toute évidence, les trois piliers de l’époque restent la littérature bretonne, le goût de l’Antiquité et un modèle politique représenté par Charlemagne et sa Cour.

 

 

            L’histoire de la Scandinavie est marquée par une première période, celle des Vikings (fin XIe siècle), et une seconde où s’installent les grandes monarchies (Danemark, Norvège) ; celles-ci établissent le principe dynastique et installent une hiérarchie religieuse. Les Vikings utilisent l’alphabet runique dont les signes sont inspirés de l’alphabet latin. Le document le plus intéressant sur la période s’intitule Les Sagas islandaises retraçant l’épopée historique des rois Vikings de 875 à 1000. Le roi Hàkon de Norvège, converti au christianisme en Angleterre, fait traduire en langue noroise des textes en vigueur à la Cour d’Angleterre dont la légende celtique de Tristan et Yseut. S’implantent la littérature courtoise comme les romans de chevalerie de Chrétien de Troyes où les héros sont partagés entre l’amour et l’aventure, que celle-ci soit chevaleresque ou mystique.

            Et l’Islande ? L’île a été occupée par les Scandinaves migrants à la fin du XIe siècle qui amènent une partie des traditions nationales. Une oligarchie est en train de prendre forme et une certaine religion qualifiée de "païenne" n’est pas organisée en culte. Du XIe au XIIIe siècle, les échanges sont nombreux entre l’Islande et l’Angleterre. Il y a la volonté de la part des souverains de Norvège de récupérer les biens culturels. Le christianisme s’installe, une Église se forme. Les sagas rapportent que le territoire scandinave est divisé en royaumes hostiles les uns envers les autres. Si le territoire est réuni en un seul royaume en 1030, par la suite la foi chrétienne se répand d’abord parallèlement au culte des divinités vikings, avant de les supplanter. C’est la période de « l’âge de l’écriture ou le modèle islandais » selon Daniel Lacroix. Dès la fin du XIIe siècle, l’église islandaise est confrontée à un problème linguistique : le langage des religieux est le latin, chose impensable en pays scandinave. Petit à petit, l’islandais va devenir la langue de référence. Tous les textes faisant autorité sont traduits en islandais, s’agissant désormais d’une littérature de clercs plus que de divertissement.

            Le président Philippe Bécade apportait une conclusion à cette riche et savante conférence, soulignant : « Vous nous avez appris beaucoup de choses sur ce sujet mal connu. L’Islande est un pays qui ne nous est pas familier et qui n’est pas d’une grande actualité. Vous avez souligné le rôle important que jouait l’Europe sur le plan culturel. Mais j’ai une question pour laquelle je n’ai pas de réponse : en dehors des pays nordiques, y-avait-il des échanges avec des centres universitaires tels Bologne, Montpellier ou Cordoue ? Je sais, en revanche, que les contacts étaient fructueux au plan médical à cette époque ».