Portrait Pt Biblioth 2

Mensonges, calomnies, faits alternatifs : Voltaire contre Le Franc de Pompignan

par Théodore E.D. Braun,  membre correspondant, séance du 4 juin 2018

 

            Le lundi 4 juin, l’Académie de Montauban avait décentralisé sa séance en un lieu prestigieux, le château de Pompignan. Le président Jean-Luc Nespoulous avait, pour l’occasion, le grand honneur d’accueillir des descendants de la famille de Le Franc de Pompignan, Clotilde et Tanguy, cousins germains ainsi qu’une descendante d’Olympe de Gouges. A 17h, dans la chapelle, Théodore E.D. Braun, professeur émérite de l’Université du Delaware (États-Unis) et membre correspondant de l’Académie de Montauban prenait la parole sur le  thème :Mensonges, calomnies, faits alternatifs : Voltaire contre Le Franc de Pompignan.       

            Dès 1735, Voltaire traite le créateur de l’Académie de Montauban comme un poète inférieur et un plagiaire, comme un idiot de village, parmi d’autres attaques malhonnêtes. Et il le fait avec un sourire satirique et plein d’humour ! Le professeur Braun, qui avait étudié les écrits de Voltaire dès 1956 à Valence (assistant d’anglais), a choisi de travailler sur l’un de ses nombreux ennemis. Le Franc était de ceux-là. D’emblée, il prend la défense de notre Montalbanais, lançant : « J’ai été bouleversé par sa valeur comme écrivain, surtout dans tous les genres de la poésie et du théâtre comme dans ses ouvrages d’histoire et de philosophie. Et j’ai compris qu’il manquait quelque chose à l’homme Voltaire : l’honnêteté et la capacité de juger ses rivaux à leur juste valeur ».

          Aidé de son co-présentateur, Claude Sicard, qui était la voix de Voltaire, Théodore E.D. Braun analyse d’abord les rapports entre les deux écrivains, puis les raisons pour lesquelles Voltaire avait choisi Le Franc comme cible privilégiée, soulignant toutefois les qualités littéraires des écrits de chacun d’eux, jugeant de « leur efficacité sur le plan du cœur comme de la générosité et de l’esprit ».

 

 

            Selon Th. Braun, Voltaire attaquait toute personne qu’il jugeait capable de devenir un rival, surtout dans le domaine de la tragédie où il pensait être le seul à exceller. Et c’était le cas de Le Franc en 1734 après le succès de sa pièce de théâtre Didon, Voltaire l’accusant de surcroît de plagiat suite à une rumeur … qu’il avait fini par croire être  la vérité. L’écrivain a été l’auteur d’autres machinations, comme les attaques successives sur la nouvelle tragédie de Le Franc, Zoraïde, lui-même ayant écrit à la même époque Alzire. Or les deux tragédies n’avaient rien de commun, celle de Voltaire se déroulant au Pérou et celle de Le Franc en Inde, et ce à des époques différentes ! Et le conférencier de bien montrer la tactique de Voltaire dans le but de gagner une querelle : « Il le faisait par la voie des insinuations et des attaques sur le caractère de ses adversaires, c’est-à-dire par des mensonges, des calomnies et des faits de sa propre invention ».

            Autre fait caractéristique : Le Franc ayant composé un nouveau livre de poèmes traduits pour la plupart de la Bible, et de manière plus générale touchant à la religion, il profite de son élection à l’Académie Française pour écrire un discours qui répond à des attaques sur bien des travaux de philosophes, dont ceux de Diderot et d’Alembert relatifs à L’Encyclopédie. Et ce dernier de demander à Voltaire « qu’il engage ses considérables talents d’écrivain et de publiciste pour faire face au discours de Le Franc ». Bien sûr, Voltaire relève le défi, E.D. Braun précisant qu’il « peint Le Franc comme une figure comique en faisant de lui un objet de ridicule et de dérision ». De plus Voltaire le traite de malade et de fou ! Le conférencier relève que ces accusations sont fausses, « mais les rieurs riaient et la réputation de Le Franc en souffrait horriblement ».

            Théodore E.D. Braun souligne in fine l’extrême sensibilité de Voltaire à son statut d’auteur, réagissant avec violence dès lors qu’un rival se dessine sur sa route. Ensuite il y a chez lui « le puissant désir de rabaisser les mérites littéraires de l’adversaire et de s’attaquer au caractère de l’homme pour discréditer ses idées ». Chez Voltaire émerge d’autre part « la pratique d’accepter les rumeurs comme vérités, pour peu que ces on-dit favorisent sa défense et celle de ses ouvrages ». Enfin, souligne Théodore E.D. Braun : « Dans l’imaginaire de Voltaire s’imposait une version fictive et partisane de son ennemi, qu’il lui était impossible de distinguer de la personne réelle. A coup sûr, le traitement de Le Franc de Pompignan par Voltaire est, sur tous ces points, cruellement révélateur ».

              Au terme de cette conférence, le Président Jean-Luc Nespoulous remerciait le Professeur Braun : « Vous nous avez offert un exposé bien structuré, un peu ( ?) à charge (de Voltaire), … pas trop « à décharge ».        

          Jean-Luc Nespoulous donnait alors la parole à Mme Geneviève Falgas, Vice-Présidente de l’Académie de Montauban et historienne perspicace, qui avait récemment établi un contact avec une descendante d’Olympe de Gouges, Christine Serrano, résidant en Australie et présente, à ses côtés, sur l’estrade ! Cette dernière descend, en ligne directe (8ème génération), de la célèbre Montalbanaise, auteure de la Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne et aussi d’écrits en faveur de l’abolition de l’esclavage… décapitée en 1793 !!! … sans préjuger d’une filiation – non objectivement avérée – entre Jean-Jacques Le Franc de Pompignan et Olympe de Gouges…

Les propos de Geneviève Falgas furent ponctués d’applaudissements nourris.

            Le Président Nespoulous décernait alors au Pr. Braun la médaille de l’Académie de Montauban, ainsi que divers livres dont le remarquable ouvrage de Jean Coladon et Guy Astoul : Montauban flamboyante et rebelle.

            Il offrit les mêmes ouvrages à Clotilde de Pompignan, à Tanguy de Pompignan, à Christine Serrano ainsi qu’à Alain Belloc et à Michel Pénavayre.

Il clôturait cette séance délocalisée en remerciant vivement toutes celles et tous ceux qui avaient contribué à sa réussite, par leur présence et/ou par leur action, particulièrement :

            - Mme Clotilde de Pompignan,

            - M. Tanguy de Pompignan et son épouse,

            - Mme Christine Serrano et son époux,

- M. Alain Belloc, Maire de Pompignan,

- M. Michel Pénavayre, propriétaire du château de Pompignan,

- Emilie Véronèse et son époux, Julien, pour avoir enrichi, par la musique et le chant, l’atmosphère émotionnelle du jour,

-Mme Geneviève Falgas, Vice-Présidente de l’Académie,

- M. Jacques Carral, à l’origine de cette délocalisation de la séance mensuelle de l’Académie, de Montauban à Pompignan.

- M. Jean Luiggi, secrétaire de l’Académie, qui a présidé, d’un bout à l’autre, au gros travail d’organisation d’une telle séance foraine.