Le lieutenant-colonel Philippe Bon rappela d'abord le cadre historique, géographique et politique dans lequel s’inscrivit l’existence de ces généraux montalbanais. Les guerres de la Révolution et de l'Empire permirent à des hommes souvent d'origine modeste de se hisser aux plus hauts niveaux de la hiérarchie militaire grâce à leurs talents, leur bravoure et parfois leur opportunisme politique. Montauban, et l'ancienne généralité de Montauban, aujourd'hui le Tarn-et-Garonne,contribuèrent à la gloire des armées en donnant 14 généraux qui participèrent aux guerres de la Révolution et de l’Empire : Jean Baget, François Bessières, Jacques Boyé, Jean-Baptiste de Bressoles de Siscé, Jean Castelbert de Castelverd, Marie-Anne Jean Alexandre Dubreuil, Jean-Pierre Doumerc, Jean-Baptiste Antoine Laplanche, Anne- Joseph Hippolyte de Maures de Malartic, Jean-François Louis Picault-Desdorides, Jean Isaac Sabatier, Jean La Sabatie, Jean-Marie Noël Delisle de Falcon de Saint-Geniès, Pierre- Marie Gabriel Vidalot du Sirat.Ainsi, le général de Saint-Geniès commanda une partie du Corps des Dromadaires pendant la campagne d’Egypte. L'avènement du gouvernement révolutionnaire changea totalement la pratique guerrière. Dans les guerres de l'Ancien Régime, on évitait les batailles. Les généraux de la Révolution au contraire n’hésitaient pas à poursuivre leurs ennemis. Il faut aussi noter l’instauration de la levée en masse à partir de 1793 qui fit passer l'armée française de 150.000 hommes en 1792 à 700.000 en 1794. Enfin les guerres de l'Empire inaugurèrent la stratégie de la guerre totale tant sur terre que sur mer, introduisant le concept de la nation tout entière en guerre et l'utilisation massive de l'artillerie.

Puis le conférencier évoqua les origines des généraux et l'évolution de leur carrière. La diversité des origines sociales, les conditions d'avancement atypiques de ces périodes troublées, les différences d'éducation et d'aspiration caractérisent ces généraux. Toutefois, on peut souligner deux aspects communs : l'ascension sociale qui échappeau déterminisme héréditaire car Napoléon, en digne héritier de la Révolution française,conduisit ces officiers vers les sommets de l'échelle sociale, indépendamment de leursorigines. Ensuite, on peut relever leur manque d'indépendance à l'égard des pouvoirset des régimes en place. À l'époque de la Convention, ils sont maintenus dans l'obéissance la plus absolue. Puis ils se rallient au régime impérial et en obtiennent titres, décorations et rentes. Avec l'apparition des premiers revers de Napoléon, ils vont peu à peu se détourner de lui,pour suivre, après la chute de l’Empire, le nouveau Gouvernement Provisoire et Louis XVIII. Pendant les Cent Jours, ils acclament Napoléon qu'ils ont peu avant appelél'"Usurpateur". Enfin, après avoir renié l'Empereur une deuxième fois, ils se mettent à nouveau au service de Louis XVIII.

Au-delà de ces reniements successifs, il faut pourtant mettre à leur décharge l'apparitiond'un changement de mentalité : ces généraux sont les serviteurs du Pouvoir et non d'un pouvoir. Ils appartiennent à une armée française et non plus à une armée royale, républicaine ou impériale. Parmi ces généraux montalbanais, on ne compte pas d'hommes politiques de grande envergure à l'exception des généraux Bessières et Doumerc. Les origines modestes des deux hommes ne les empêchèrent pas de faire une brillante carrière. Le général Bessières était fils de boulanger et petit-fils de marchand. Sans parler de sacarrière militaire qui se poursuivit jusqu’à sa mise à la retraite en 1815, il fut maire de Montauban à deux reprises, en 1792 et 1815, puis député jusqu'à la secondeRestauration. Le général Jean-Pierre Doumerc, quant à lui, était fils et petit-fils de marchands. Sa carrière militaire fut marquée par de hautes responsabilités, accompagnées dedécorations prestigieuses. Il réussit à traverser tous les régimes en évitant les obstacles. Admis à la retraite en 1832, il fut élevé à la dignité de Grand-Croix de la Légion d'Honneur. Le nom du Général Doumerc – comme celui du général de Saint-Geniès - est gravé sur le pilier Ouest de l'Arc de triomphe et son nom a été donné à une caserne de Montauban2. « Parce que Montauban a donné à la France 14 généraux, il était juste de leur rendre ommage par cette conférence » : telle fut la conclusion de l'orateur. Au terme de cette présentation, accompagnée d’un magnifique diaporama, la présidente remercia chaleureusement le conférencier. Elle lui demanda alors qui désignait le « Bessières » de la « rue Bessières », puisque deux fils de cette famille s’illustrèrent à lamême époque : le général François Bessières dont il a été question, et son frère cadet, le maréchal d’Empire Jean-Baptiste Bessières, duc d’Istrie, mort en Saxe en 1813. Le conférencier souligna que, d’après certaines sources3, il s'agissait du maréchal Bessières, et non de celui qui fut maire de Montauban. La présidente ajouta « Ce serait peut-être bien que la Mairie mette une plaque plus précise ! À moins qu’il ne s’agisse d’honorer une famille tout entière » !
Toujours dans les questions d’après conférence, notre confrère Michel Manson demanda quelles archives avaient été consultées. Le conférencier précisa, dans sa réponse, qu'il y avait peu de détails sur les généraux montalbanais dans les archives départementales, et qu’il avait consulté des archives militaires.

Il s’agit de la caserne du Cours Foucault (17ème régiment de parachutistes) Voir internet : www.amicale- 17rgp.fr › vone › garnison › doumerc : « Le quartier Doumerc. insigne 17 rgp. Depuis le 1er juillet 1974, le 17e Régiment du génie parachutiste (RGP) est basé au Quartier Doumerc à Montauban ».

3 Vicomte Robert de Mentque, Le Vieux Montauban (p. 116) : "La rue Bessières était baptisée du nom du maréchal Bessières, duc d'Istrie, et non, comme on le croit souvent, du général Bessières, maire de Montauban et député du T&G pendant les Cent-Jours, qui était le frère puîné du maréchal (cf. Emerand Forestié dans ses Ephémérides montalbanaises, p. 156). (Notes de Norbert Sabatié).