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La Borniquelesa

(Paroles et musique de Lucien Andrieu)
(Adaptation à trois voix par C. Raynal)

Refrain

O Borniquèl, ò crana vila,
Mastada sur l’antique ròc,
Ont verdeja ta comba florida,
Mesclada de tèrra, de fòc,
Ton castèl, vièlha relica,
Dins lo cèl retipla un falcon.
Quilha sas parets, sa teulada rustica,
E se miralha dins l’Avairon
O Borniquel, ciutat rustica,
Aimam ton cèl, ò vila poëtica,
O Borniquèl, ò Borniquèl.

O Bruniquel, ô ville fière
Erigée sur le roc antique
Où verdit ta combe fleurie,
Faite d’un mélange de terre, de feu,
Ton château, vieille relique,
Dans le cièl semble un faucon.
Il dresse ses murs, sa toiture rustique,
Et se reflète dans l’Aveyron.
O Bruniquel, cité rustique,
Nous aimons ton ciel, ô ville poétique,
O Bruniquel, ô Bruniquel.

1

Sèm los fièrs enfants de las Combas
De Gresinha, de Vera, de Païssèl,
Que cantam en còr, a la ronda,
Nòstre arderós païs escalprat dins lo cèl.
Tan lènc que nòstre uèlh pòsque veire,
Sèm encantats de sas richas colors.
Del vèrd al ros mirgalhejon, cal creire,
Las tintas de l’arcana al solelh poderós.

Nous sommes les enfants fiers des Combes,
De la Grésigne, de la Vère, de Payssèl,
Qui chantons en choeur, à la ronde,
Notre pays plein d’ardeur sculpté dans le ciel
Aussi loin que notre oeil puisse voir,
Nous sommes enchantés par ses riches couleurs.
Du vert au roux se mélangent, il faut croire,
Les teintes de l’arc-en-ciel au soleil puissant.

2

Salut, Borniqueleses, auèi, es bona fèsta ;
Del Barri, Revelin, se cal desarrucar
Lo Rocàs es ondrat, la Joinessa s’aprèsta
A tornejar de danças, d’audi, sens soscar.
Ardits enfants, e vos, tant aimablas filhetas,
Los uèlhs abelugats de plaser, de bèltat,
Que vòstres pòts risencs, tal un cant de lausetas
Fasquen polsar d’amor vòstre còr alertat.

Salut, Bruniquelois, aujourd’hui, c’est la jolie fête
Du Faubourg, du Ravelin, il faut sortir de chez soi ;
Le Grand Roc es paré, la Jeunesse se prépare
A danser et virevolter, d’un seul élan, sans se soucier.
Enfants hardis, et vous, fillettes tant aimables,
Les yeux étincelants de plaisir, de beauté,
Que vos lèvres rieuses, comme un chant d’alouettes
Fassent vibrer d’amour votre cœur en émoi.


N.B. : texte écrit selon la graphie classique des Troubadours, dite aussi normalisée, mise en place à partir du système Perbosc-Estieu, perfectionnée par Louis Alibert et répandue par l’Institut d’Estudis Occitans.
           

Règles de lecture :
pour prononcer [ o ] on écrit « ò » ;
le « o » se prononce comme [ ou ] en français ;
le « e » comme un [ é ] et le « v » comme un [ b ] ;
le « nh » comme [ gn ] et le « lh » comme « lieu » ;
le « u » reste comme [ u ] et le « a » en finale devient [ o ] faible ;
les « n » et « r » en finale sont quasi-muets.
les accents aigus marquent l’intonation ;
ne pas oublier de diphtonguer les au, òu, eu, ai...

 

BELAYGUE Jean

Bruniquel, le 14-01-1861
Bruniquel, le 6-8-1930

            Une exposition de 1988  intitulée « Bruniquel au temps des derniers tailleurs de pierre » a rendu hommage à ce félibre quercynol, maître-carrier de son métier, concepteur du monument aux morts de Bruniquel.

Une plaquette publicitaire précise que l’ atelier spécial de taille de pierre (« Pierres de taille dures et demi-dures ») a ouvert des carrières vers 1890, notamment celles de Bruniquel et de Saint-Antonin, et qu’il a été le « fournisseur pour les constructions du pont de Montricoux, du château de Granès, de l’église de Monclar, du viaduc du Viaur... », pour ne citer que les plus proches.

Jean Bélaygue est compagnon du devoir, ainsi que peut l’attester  la pierre sculptée de sa main, au-dessus du linteau de la porte d’entrée de la maison surplombant la vallée de la Vère, au bas de Bruniquel, et toute de pierre, construite de ses mains. La date de 1880 s’inscrit dans un médaillon ovale sous lequel s’entrecroisent un compas et une équerre au centre desquels les deux initiales JB sont gravées.

            A son actif sont 32 réalisations de monuments aux morts dont celui de Bruniquel inauguré le 23 juillet 1922, celui de Montcrabeau édifié en 1927, et ceux de Penne-du-Tarn, de Vaïssac ou de Verlhac-Tescou, etc. Pour chacun, il compose un poème en occitan qu’il déclame le jour de l’inauguration ; tous sont consignés dans deux cahiers dont on peut lire celui dédié « A l’apôtre Jaurès - avant sa mort », cet autre « Devant la statue du tribun Jaurès » (après sa mort), ou le « Discours prononcé à l’inauguration de son monument à Carmaux  en juin 1925 ».

            Une cinquantaine d ‘entre eux sont rassemblés en une plaquette intitulée « Un ouvrier-poète par le félibre quercynol Larochedur, l’ami des Muses » (ce pseudonyme appelant cet autre : « Le Fort en Krak », signant un poème). Ce premier volume composé de deux parties : « La Muza  quercinolo » et « La Muse révoltée » a connu deux éditions, tandis qu’un autre volume est annoncé, comportant une troisième partie « La Muse des Bois ! Ses chants et ses lois ! » et même une quatrième : « La Muse des Cieux et ses chants mystérieux. Bouillabaïsse ». Sans doute est-ce l’ensemble de son œuvre qui lui vaut d’obtenir les palmes académiques.

            Nous retiendrons le quatrain gravé sur la colonne qu’il a sculptée et qui n’est autre que le monument aux morts de Bruniquel :
« Sus aquel monument ont ton uèlh s’escarquilha
Passant i legiràs lo nom de la familha
Qu’a de son sang pagat de la França un talhon
Que per ela a donat çò qu’aviá de melhor. »

(« Sur ce momument où ton oeil s’écarquille / Passant tu y liras le nom de la famille / Qui a, de son sang, payé de la France un morceau / Qui, pour elle, a donné ce qu’elle avait de meilleur.»)

Sources : entretien de Norbert Sabatié avec M. Léon Bélaygue