LES SEANCES DE 2019

 

Les séances sont publiques et ont lieu généralement à 17h le premier lundi de chaque mois sauf durant les trois mois d'été. Elles se tiennent à la Maison de la Culture de Montauban (Ancien Collège). La séance solennelle se déroule au théâtre Olympe-de-Gouges, le deuxième dimanche de décembre.

Vous trouverez dans cette page les comptes rendus de ces séances, par ordre chronologique inversé.

Mosaque Michel SCHMIDT CHEVALIER

 

Mosaïque de Michel Schmidt-Chevalier (collection particulière)

 

Art et science : complicités, cheminements et perspectives

(conférence de Mme Mireille Courdeau)

Séance du 7 octobre 2019

 

            Selon le rite académique, Mme Courdeau prononce l’éloge de son prédécesseur au 34ème fauteuil, M. le marquis Antoine de Reyniès, ancien président de l’Académie, aujourd’hui membre honoraire. « Homme cultivé, noble de famille et d’esprit, passionné et engagé », il est l’héritier de l’une des plus anciennes familles du Quercy, qui occupe depuis 1786 le château de Reyniès, inscrit en 1974 à l’Inventaire des Monuments historiques. Né à Annecy en 1927, capitaine au long cours, Antoine de Reyniès fait son service militaire à Brest et part au Tonkin. Ayant navigué pendant trente ans au sein de la Compagnie Générale Transatlantique devenue Compagnie Générale Maritime, il séjourne au Havre et traverse l’Atlantique à de multiples reprises. En charge de la sécurité à bord du paquebot France lors de son désarmement, il prend sa retraite à l’âge de 53 ans. Après un séjour parisien, il regagne Reyniès, reçoit la Croix de Guerre des Théâtres des Opérations Extérieures, est fait chevalier de la Légion d’Honneur. Dans son village proche de Montauban, il est exploitant agricole de 1980 à 1995 et s’implique dans la vie locale. Élu premier magistrat de la commune de 1989 à 1995, il restaure l’école et la mairie. Mais sa passion reste l’écriture et, à ce titre, entreprend la noble activité d’écrivain public. Il s’engage dans la vie associative comme président départemental de « Vieilles Maisons de France » et reste séduit par la richesse du patrimoine local. En 2001, il est reçu à l’Académie par le docteur Philippe Rollin, présentant « L’épopée transatlantique au XXe siècle ». Il préside la noble institution en 2010-2011, décide de « transmettre avec dignité [son] fauteuil, bel acte d’humilité ». Aujourd’hui, le marquis de Reyniès se consacre à sa famille, à son château, à son jardin. Mireille Courdeau termine cet éloge sur ces mots : « J’espère être digne de tous ceux qui m’ont précédée ; le sénateur-maire Henri Delbreil, le général Teil et vous-même… ».

            Mireille Courdeau prononce ensuite une communication sur le thème « Art et science : complicités, cheminements et perspectives ». Art et science ne s’opposent pas obligatoirement et progressent souvent ensemble, entretiennent une relation dialectique. Autrefois, les scientifiques ne devaient pas contester les grandes croyances véhiculées par les religions révélées, sauf à être marginalisés ou persécutés. De nos jours, ils partent du principe qu’ils ne savent rien à priori et que leurs découvertes ne valent « que jusqu’au moment où elles seront rendues caduques par d’autres découvertes » ; en fait, on progresse de paradigme en paradigme. Quant à l’art, s’il s’apparentait autrefois fréquemment à une délectation esthétique représentant un monde harmonieux orienté vers la perfection et le divin, il illustre aujourd’hui les multiples formes d’expressions coexistant dans un monde en perpétuelle évolution.

            Abordant son sujet selon une approche principalement artistique, Mireille Courdeau enchaînait avec quelques développements sur l’art pariétal et les sociétés primitives. L’homme préhistorique disposait de deux pigments : le noir (provenant du charbon de bois) et l’ocre (issu d’argiles) ; il peignait en « déformant l’animal ou le chasseur qu’il dessinait en fonction d’une paroi ni plane ni vraiment verticale ». Ce lointain ancêtre était chimiste, géomètre et étayait sa démarche artistique par une approche proto-scientifique. Avec Pythagore, la double approche – mathématique et musicale – est évidente. Au XVe siècle, Léonard de Vinci affirme que « la peinture est la synthèse de toutes les sciences ». Quant à Bach, il était fasciné par les chiffres et les nombres (le 14 n’était-il pas la somme des lettres de son nom ?). Newton est convaincu qu’il existe une correspondance entre la gamme des couleurs et celle des notes musicales. Le Père Castel, chercheur et philosophe, s’intéresse au XVIIIe siècle à l’art de peindre les sons ; mais sa démarche est contestable par manque de rigueur et abus de postulats douteux. Il propose même de concevoir une lanterne magique semblable à celle des colporteurs qui font apparaître châteaux et villes en tirant de petites cordes, comme on actionnerait les touches du clavecin ! De son côté, Benjamin Franklin découvre en Angleterre l’armonica (sans h pour ne pas le confondre avec celui à bouche) de verre et met tout son savoir et son ingéniosité au service de l’art musical tant il est vrai que l’instrument qu’il conçoit a des sonorités douces et pures.

            Au XIXe siècle, entre art et science un « divorce » semble s’établir. D’un côté le courant matérialiste des positivistes autour d’Auguste Comte et, de l’autre, le romantisme. Baudelaire refuse tout rapprochement de l’art et de la science. Mais la rupture sera de courte durée. Ainsi, Leconte de Lisle écrit en 1880 : « L’art et la science, longtemps séparés par suite des efforts divergents de l’intelligence, doivent tendre à s’unir étroitement si ce n’est à se confondre ». En réalité, on assiste à une évolution des langages. Est arrivé le temps des physiciens, astrophysiciens, cosmologistes… et le désir des artistes est de se nourrir des problématiques inhérentes aux sciences et techniques. Ainsi le peintre tchèque Kupka trouve son inspiration dans les astres, les découvertes scientifiques, les abstractions cosmiques. Apollinaire dans « l’esprit nouveau et les poètes » constate avec enthousiasme le cheminement « de concert » de l’art et de la science. En ce début du XXe siècle, Eric Satie introduit des sons produits par une machine à écrire ou un revolver parmi les sonorités de l’orchestre classique, s’inscrivant pour l’art des sons, dans le courant des peintres suprématistes et « abstractistes ». Nouveaux instruments, nouvelles approches, nouvelles esthétiques, nouveaux langages : l’expérimentation artistique prend alors le pas sur l’académisme. Pierre Schaeffer (ingénieur en télécommunications) et Pierre Henry (metteur en ondes artistiques), fondent en 1951 le Groupe de Recherche sur les Musiques Concrètes. Au même moment, les scientifiques travaillent en physique nucléaire à la désintégration du noyau de l’atome… Les musiciens cheminent avec les scientifiques et ce compagnonnage reste, de nos jours, d’actualité. Et Mireille Courdeau de faire découvrir à son auditoire un artiste mosaïste, Michel Schmidt-Chevalier, présent dans une collection particulière à la médiathèque de Lauzerte : « Il décortique, dit-elle, avec le soutien des scientifiques et des philosophes de son temps, les processus de création ».

            Aujourd’hui, artistes et scientifiques cheminent toujours de concert. Les artistes puissent leurs inspirations dans les découvertes scientifiques, technologiques et proposent des créations-abstractions et des créations virtuelles. C’est le cas de Frank Popper pour qui l’arrivée du cyberespace participe à la création d’un nouveau courant : l’art virtuel. L’œuvre artistique chemine de la sorte avec les découvertes liées à la science et à la technologie, comme l’exprime si bien Jacques Mandelbrojt, peintre, physicien-mathématicien, « qui peint des œuvres abstraites, alternances de signes épurés de foisonnement, d’agitations intenses… qui peint le mouvement sur un axe de temps vertical ou horizontal ».

Proche de Jacques Mandelbrojt, Mireille Courdeau ne pense pas qu’intuition et imagination jouent un rôle plus capital dans l'art que dans la science mais que leur statut est différent dans l'un et dans l'autre. Ainsi a-t-on pris l’habitude de penser et d’admettre que la science serait « découverte » d'un ordre préexistant dans la nature, alors que l'art serait « création ». C'est oublier l'aspect construit, des concepts scientifiques et au contraire l'aspect découverte que comporte l'art.

            En conclusion, Mireille Courdeau aura cette réflexion : « Le couple formé par l’art et la science va très certainement naviguer de concert pendant des siècles encore ». Et d’ajouter : « Il ne faut pas sous-estimer les mutations qui vont s’opérer au niveau de la création artistique du fait de l’apport des nouvelles techniques qui remettront en cause intrinsèquement les processus de création ».

« C’est quand qu’on va où ? » interroge-t-elle, paraphrasant ainsi le chanteur Renaud. Vers quels univers les progrès des neurosciences et des sciences cognitives mis au service de la création artistique nous entraîneront-ils ? C’est à nous de l’imaginer...

            Le président Jean-Luc Nespoulous devait conclure cette brillante et riche conférence par ces mots : « J’oserai qualifier votre conférence de véritable œuvre d’art, reposant toutefois sur un socle scientifique du fait de la rigueur de la démarche que vous avez adoptée pour rendre compte de ces deux champs et de leur articulation. L’art et la science nécessitent toujours, en amont, une importante dose d’imagination. C’est en cela qu’ils se ressemblent. Ces deux domaines ne s’opposent donc pas. Ils constituent les deux pôles d’un continuum, comme le spectre des couleurs… aux transitions continues et non clairement tranchées ».

            Il remettait ensuite à Mireille Courdeau la médaille de l’Académie de Montauban sous les applaudissements nourris de la salle.

 

Gamarra

Un alerte centenaire : Pierre Gamarra tel qu’en lui-même

par Claude Sicard , membre titulaire, ancien président, séance du 3 juin 2019

   C’est à une brillante conférence qu’a été convié un nombreux public, le 3 juin. Le professeur Claude Sicard, membre titulaire et ancien Président de l’Académie, a évoqué la mémoire et le riche parcours d’Un alerte centenaire : Pierre Gamarra tel qu’en lui-même

   Né à Toulouse le 10 juillet 1919, il avait fait ses études à l’Ecole Normale d’Instituteurs de cette ville, puis s’était lancé dans la Résistance en distribuant des tracts et des journaux clandestins. Attaché dès 1949 à la revue parisienne Europe, il aimait se ressourcer sur ses terres occitanes que célèbrent bon nombre de ses œuvres poétiques et romanesques comme La Maison de feu (1948), La Femme et le fleuve (1951), Rosalie Brousse (1953), Le Maître d’école (1955), La Femme de Simon (1962), Rhapsodie des Pyrénées (1963), Les Mystères de Toulouse (1967), Cantilène occitane (1979), Le Fleuve palimpseste (1984), Romances de Garonne (1990)…Dans l’éloge prononcé sur sa tombe au cimetière de Bessens, le 30 mai 2009, Claude Sicard soulignait l’importance de cet "l’écrivain occitan de langue française" : 20 recueils poétiques et 50 romans et nouvelles (dont la moitié à l’intention de la jeunesse), 6 biographies, 5 essais et préfaces, 8 pièces de théâtre…

   Pierre Gamarra avait été élu au 35ème fauteuil de l’Académie, succédant au professeur et homme de théâtre Claude Barousse. Héritier du Siècle des Lumières, il avait écrit en juin 1974 ces phrases lourdes de sens : « Il n’est pas possible de se détourner des mains torturées d’un musicien, des enfants assassinés, des villages et des villes incendiés… Les regards d’un enfant mort – mort par la faute des hommes, dans la guerre des hommes – ces regards sont terribles, insoutenables… ». Sa vie durant, l’écrivain n’a eu de cesse, ainsi que le souligne Claude Sicard, de dénoncer toutes les formes de la violence mortifère et de « symboliser à la fois notre espérance d’un ailleurs à notre portée, tel que la poésie nous le laisse entrevoir, et le retour aux simples richesses de la terre, qui assurent sans artifice notre être au monde »

 

Contes de Perrault

Les contes de Perrault

Le livre pour enfants et l’histoire culturelle de l’enfance (XVIe-XIXe siècles)

par Michel Manson , membre associé, séance du 6 mai 2019

 

   En ce début de mois de mai, l’Académie accueillait Michel Manson, membre associé, pour une conférence intitulée Le livre pour enfants et l’histoire culturelle de l’enfance (XVIe-XIXe siècles). L’auteur est docteur d’État en histoire moderne et contemporaine, professeur émérite en Sciences de l’Éducation, diplômé de l’École Pratique des Hautes-Études ; il a réalisé une thèse sur Le Jouet dans la France d’Ancien Régime et est président-fondateur de l’AFRELOCE (Association française de recherche sur les livres et objets culturels de l’enfance).

   En préambule, Michel Manson indique qu’il ne s’agit pas d’aborder le livre pour enfants sous l’angle de la qualité littéraire d’une "littérature enfantine", mais en tant qu’objet d’une culture d’enfance. L’enfant grandit et se forme dans une société donnée par ses rapports aux autres et aux objets qui l’entourent qui sont ses jouets, ses livres et ses images, ses bonbons. L’histoire des livres pour enfants est donc dépendante de l’histoire de l’enfance. Si, à l’origine, les livres pour enfants sont des abécédaires, des ouvrages moraux, des contes ou des bestiaires, au Moyen Âge et à la Renaissance, ce sont des psautiers, des livres d’heures, des vies de saints, des romans de chevalerie, des fables. L’enfant apprend ainsi à condition qu’on lui présente les sujets sous les yeux, habilement figurés, si tout ce qui raconte l’histoire lui est montré sur l’image (par exemple les Fables d’Ésope, publiées en 1484).

 

 

 Marcabru 2

De l’invective à la mystique, le verbe haut du troubadour gascon Marcabrun (vers 1150)

par Jordi Passerat , membre titulaire, séance du 12 mai 2019

 

 Le dimanche 12 mai, l’Académie s’est déplacée à Dunes et dans la région du Brulhois.

   En matinée, la trentaine de personnes présentes a visité le petit village de Lachapelle et son église, monument historique classé. Ancienne chapelle du château, dont l’architecture extérieure demeure austère, elle a été, au XVIIIe siècle, complètement reconfigurée, avec un merveilleux habillage de boiseries peintes de style baroque qui surprend le visiteur.

   Rendez-vous a ensuite été donné à Donzac, avec son ancien port sur la Garonne, afin de visiter le « Conservatoire de la Ruralité et des Métiers d’autrefois ». Il regroupe plus de 20 000 objets sur 2 000 m² couverts et retrace de nombreux aspects de la vie quotidienne d’autrefois, regroupés par thème : l’école, le bistrot, le bureau de poste, les moyens de transport, les machines agricoles, les alambics, les outils du dentiste ( !) … avec une superbe exposition temporaire de dessins de Sem (Georges Goursat, 1863-1934), grand illustrateur, affichiste et caricaturiste, né à Périgueux, à laquelle succèdera prochainement une exposition de photos de Robert Doisneau (1912-1994)… Pour celles et ceux qui ne connaissaient pas ce Conservatoire, un seul souhait : y revenir le plus rapidement possible pour une visite " prolongée ".

   En fin de matinée, l’Académie était reçue à Dunes, bastide du XIIIe siècle. M. Alain Alary, maire, présentait sa commune : « La bastide (2 318 ha) comprend 1 300 habitants et est située à l’intersection de trois départements ; son taux démographique est élevé et elle reste tristement célèbre en raison des pendaisons du 23 juin 1944 par 200 S.S. de la division Das Reich, faisant d’elle un village-martyr ».

   Christian Astruc, président du Conseil départemental de T & G, ajoutait : « Je m’associe au maire pour vous souhaiter la bienvenue, moi-même ayant été maire de cette commune de 1989 à 2014, avant d’être élu président du Conseil Départemental».

   Le président Jean-Luc Nespoulous terminait les allocutions en remerciant M. Alary et M. Astruc pour leur accueil. Évoquant à son tour le devoir de mémoire qui s’impose devant la barbarie à l’origine des événements du 23 juin 1944 à Dunes, il consacrait ensuite quelques instants à plusieurs « gloires » locales :

  • Léon Lemartin, aviateur, premier pilote d’essai au monde, décédé en 1911,
  • Anne-Marie Canet-Kegels, poétesse, dont il citait un vers :
  • « les ceps que tu plantas continuent ton histoire »,
  • René-Paul Entremont, né à Sète (où Georges Brassens continue à passer « sa mort en vacances » !) mais qui vécut à Dunes de 1978 à 2000 et qui fut « le poète émouvant, qui tourne et vire à tout venant, le chaud au cœur, la verve altière… ».
  • enfin le « vin noir », objet de discussions, voire de discorde, « entre Cadurciens, Lotois, et Tarn-et-Garonnais, épris du Brulhois ! »Les allocutions étaient suivies par un moment convivial offert par la mairie, autour de bons vins accompagnés de succulentes charcuteries…  
  •  et le président de citer Baudelaire : « Il faut être toujours ivre. Tout est là : c’est l’unique question. Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve. Mais de quoi ? De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous » (Baudelaire, Le Spleen de Paris)

   Après un excellent repas pris au restaurant des Templiers, l’Académie se déplaçait jusqu’au complexe sportif, accueillie par M. Christian Astruc : « Je sais votre attachement à découvrir notre beau territoire départemental. La conférence du jour va nous ramener au Moyen Âge et à l’histoire des troubadours dans notre canton. Je veux, en ma qualité d’élu local, et plus encore en tant que citoyen, contribuer à répandre la mémoire de notre canton des Deux-Rives ».

 

Ministère affaires sociales         

 (ministère de la Santé, façade place de Fontenoy, Paris VIIè)

Le ministère de la Santé sous la Ve République : de l’ombre aux projecteurs des médias

par Pierre Gauthier, membre titulaire, séance du 1er avril 2019

 

   Pour sa séance d’avril, l’Académie recevait M. Pierre Gauthier, parrainé par M. Philippe Bécade qui retraçait son riche itinéraire : né à Chamalières (Puy-de-Dôme), lycéen à Auch, étudiant à la Faculté de Droit de Toulouse puis en Sciences politiques à Paris ; sortie de l’ENA en 1972 et affectation dans des ministères sociaux (Santé et Travail), séjour parisien de cinq ans dans le secteur de l’Immigration (Travail) ; postes territoriaux à Clermont-Ferrand, Rodez, Montauban (1982) et Toulouse (1986) en tant que directeur départemental ou régional des Affaires sanitaires et sociales ; retour dans la capitale comme directeur d’administration centrale au ministère de la Santé (1990-2000) ; directeur de l’Agence régionale de l’Hospitalisation à Toulouse (2000-2010) affecté à l’Inspection Générale des Affaires Sociales. A sa retraite prise à Montauban, Pierre Gauthier connait une belle activité associative : administration d’organismes nationaux comme la Fédération des Caisses d’Epargne pour la Solidarité, la Fédération Hospitalière de France, "Unaforis" qui fédère les Centres de Formation aux Métiers du Travail Social. Aujourd’hui, il se "contente" d’administrer la Fondation Marie-Louise qui prend en charge des personnes lourdement handicapées. Pierre Gauthier est officier dans l’Ordre de la Légion d’Honneur et l’Ordre National du Mérite.

   Puis selon le rite académique, Pierre Gauthier faisait l’éloge de son prédécesseur au 14e fauteuil, M. Léo Daudibertières. Après des études au lycée Ingres, puis à la Faculté de Chirurgie dentaire de Toulouse, il est docteur en Sciences odontologiques et dentaires (1973) et professeur en (1976). Il est élu président de la Société odontologique française de radiologie et de biophysique, également président du Collège national des enseignants en odontologie conservatrice. Enseignant-chercheur, il n’en conserve pas moins une activité libérale à Montauban, faubourg Lacapelle. Elu à l’Académie le 11 juin 2001, il y présente des conférences sur des sujets divers (les Vikings, "Les médecins de l’Académie", "Les Académies dans les allées royales du pouvoir", le siège de Montauban de 1621). Léo Daudibertières était incontestablement un homme de culture, curieux de tout, épris d’innovation. Sportif, amateur d’art, voyageur, il avait succédé à la première femme entrée à l’Académie, Mme Annie Lafforgue. Et Pierre Gauthier de terminer ainsi cet éloge : « L’égaler sera difficile : ce sera pour moi un défi particulièrement stimulant ».

           

 

La scolarisation des enfants en situation de handicap : un exemple de politique publique

par Olivier Fournet, membre associé

Séance  du 4 février 2019

 

   C’est d’un sujet complexe mais d’actualité, la scolarisation des enfants en situation de handicap : un exemple de politique publique, que M. Olivier Fournet, membre associé et directeur du Centre de Réadaptation des personnels de l’Académie de Toulouse, a entretenu son auditoire à l’occasion de la séance du mois de mars. Refus de scolarisation, difficulté à mettre en place un accompagnement, situation des accompagnants, étaient les thèmes traités par le conférencier, « renvoyant à des dimensions individuelles mais aussi à une culture sociale, de prise en compte collective de la différence dans un monde parfois excessivement normé ». Et M. Fournet de donner comme exemple celui d’un mal-voyant qui a, certes, une limitation capacitaire, mais qui développe une sur-compétence avec d’autres sens ou habiletés.

   Le handicap étant une limitation d’activité subie en raison d’une altération substantielle mais aussi en lien avec l’environnement de la personne considérée, Olivier Fournet traitait le sujet en explorant trois points : l’histoire de la scolarisation progressive des enfants handicapés, la mise en place d’une politique publique, les difficultésde la territorialisation contrastée et ses enjeux actuels. Après de premières avancées au début du 20ème siècle, c’est avec la loi de Simone Veil (1975) qui énonce que l’intégration est la règle « chaque fois que c’est possible », que l’élan est donné. D’autres lois viendront renforcerle dispositif, et ce en vue de créer un vrai plan de scolarisation des enfants et adolescents handicapés. Aujourd’hui, la loi de 2005 passe nettement d’une idée de protection des personnes à celle de l’insertion en fonction du projet de vie individuel. Ce qui constitue indéniablement une belle avancée.

 

 le passage de la berezina 1

                                                                  (Napoléon traversant la Bérézina, Janvier Suchodolski , 1866)

 

1812 : La Bérézina, une victoire tactique dans une défaite stratégique

par Jean-François Pachabeyian, membre titulaire

Séance  du 4 février 2019

 

   Après avoir rappelé les raisons de la rupture des accords de Tilsitt conclus en 1807 entre Napoléon et le tsar Alexandre, essentiellement le non-respect par la Russie du Blocus continental imposé par la France contre l’Angleterre, le conférencier expose les grandes  lignes de la campagne de Russie : 24 juin 1812, franchissement du Niémen par une armée française forte de 400 000 hommes ; avancée vers Moscou par Vilnius et Smolensk à la poursuite d’une armée russe refusant le combat ; victoire de Borodino (la Moskova) livrant aux Français la capitale historique de la Russie, dans laquelle ils font leur entrée le 14 septembre.

   Napoléon est alors confronté à un problème qu’il n’avait jamais rencontré : il ne peut contraindre son ennemi à livrer une bataille lui permettant de détruire son armée, le Tsar opposant une fin de non-recevoir à ses propositions de paix. Le 19 octobre, Napoléon décide de quitter Moscou par un itinéraire différent de celui de l’aller ; le maréchal Koutousov lui barre la route à Milo-Jaroslavets et l’oblige à se retirer par Smolensk. La Grande armée, réduite à moins de 100 000 hommes commence sa retraite, suivie à distance par l’armée de Koutousov, avec une température qui va rapidement passer de  - 4° à - 20°.

 

lesueur napolon et lopra

(Oussian ou Les Bardes, opéra de Lesueur)

L'opéra et Napoléon : une arme politique au service du culte de la personnalité

par Claude Rosius, membre associé

Séance du 7 janvier 2019

     Pour la première séance de la nouvelle année, le 7 janvier 2019, Claude Rosius a présenté une conférence sur « L’Opéra et Napoléon : Une arme politique au service du culte de la personnalité ».

     Soucieux de son image, Napoléon disposait de moyens relativement limités de propagande tels que la presse sévèrement contrôlée, les arts parmi lesquels la peinture glorifiant ses faits et gestes. On lui doit aussi l’organisation d’une vie artistique parisienne prospère et éclectique. Inventeur du culte de la personnalité, il va suivre l’exemple de Louis XIV qui avait donné ses lettres de noblesse à l’Opéra français dès 1669 et mettre en place une forme d’expression lyrique à son seul profit en utilisant l’Académie Impériale de Musique comme l’un des vecteurs de sa communication.

     À raison de trois séances par semaine – mardi, vendredi et dimanche – ce sont des opéras et des ballets qui enchantent le public parisien. Les pièces qui ont le plus de succès sont celles qui sont appelées pièces de circonstance, c’est-à-dire celles qui lient un événement politique comme « Le triomphe du Mois de Mars » de Rodolphe Kreutzer à l’occasion de la naissance du Roi de Rome, ou bien encore « Le Triomphe de Trajan » de Louis de Persuis dans lequel on assimile les victoires de Trajan à celles de Napoléon ou encore « Ossian ou les Bardes » de Jean-François Lesueur, le personnage d’Ossian étant l’un des héros favoris de l’Empereur. En 1814, lorsque les coalisés sont aux portes de Paris et Napoléon déjà à Fontainebleau, est créé « L’Oriflamme », opéra qui met en scène Charles Martel vainqueur des Sarrasins à Poitiers. « Amphion » d’Étienne Méhul, en magnifiant la réconciliation de deux peuples, s’inspire du mariage de Napoléon et de Marie-Louise

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jpg apollinaire blesse 1916Apollinaire blessé (1916)

 

Artistes et écrivains dans la tourmente de la Grande Guerre

par Philippe Bécade, membre titulaire, ancien président

Séance solennelle du 16  décembre 2018

          

 

     La séance solennelle de l’Académie s’est tenue le dimanche 16 décembre au théâtre Olympe-de-Gouges sous la présidence de M. Jean-Luc Nespoulous. Mme Brigitte Barèges, maire de Montauban et M. Ghislain Descazeaux, représentant le Président du conseil départemental, Christian Astruc, honoraient de leur présence cette séance. M. Pierre Besnard, préfet de Tarn-et-Garonne, pris par d’autres obligations avait été contraint à annuler sa participation.

     Jean-Luc Nespoulous ouvrait la séance en soulignant l’intense activité de l’Académie, rappelant le rôle important qu’elle joue dans la vie culturelle montalbanaise et en indiquant les points forts de son évolution actuelle et de ses perspectives d’avenir.

     Il concluait par ces mots : « Au fil des ans, l’Académie n’est ni tout à la fait la même ni tout à fait une autre, » reprenant un bref fragment du poème de Paul Verlaine « Mon rêve familier » (dans les Poèmes saturniens). Certes, poursuivait-il, « Verlaine parlait sans doute d’une femme inconnue, idéale, fantasmée… mais certainement jeune. L’Académie est une « vieille dame de 274 ans mais il n’est pas interdit de rêver, de la servir, voire de l’aimer ».

     Après une intervention de Mme Brigitte Barèges, intitulée « Les promenades historiques retrouvées », le secrétaire de l’Académie, M. Jean Luiggi, faisait le bilan du travail de la "noble institution" au cours des douze mois écoulés

  

                    280px Bishop Jean Louis Anne Magdelaine Lefebvre de Cheverus by Gilbert Stuart 1823                         

Monseigneur  de Cheverus,

évèque de Montauban de 1826 à 1833

 

Les évêques de Montauban sous la Restauration

par Jean-Marc Detailleur, membre titulaire 

Séance du 5 novembre 2018

 

     La séance du 5 novembre 2018 était consacrée à la réception de M. Jean-Marc Detailleur, élu au 38ème fauteuil occupé par M. Nadal Rey. Le nouvel académicien était reçu par son confrère, le général Pachabeyian.

     Celui-ci rappelait son parcours. Né dans les Hauts de France, il étudiait à la Faculté de Droit de Lille, puis était admis à Sciences Po Paris. Il est chargé de Travaux Dirigés, puis assistant à la Faculté de Droit de Paris XII Val de Marne. Embauché à Péchiney Ugine Kuhlmann, il est nommé chef du service du Personnel de l’usine Cégédur Péchiney de Castelsarrasin. Il se retrouve au groupe Hachette, puis il devient directeur de la Distribution du Livre. En 1983, il est directeur des relations humaines du groupe DMC (Dollfus-Mieg et Compagnie). Plus tard il participe à la création du Cercle Vinci qui regroupe les DRH des 50 plus grandes entreprises françaises. Directeur puis président des Editions Lamy, spécialisées dans le droit social et le droit du transport, il devient président du Syndicat de la Presse économique, juridique et politique Il rejoint le conseil d’administration et de direction du Groupe Wolters Kluwer , maison mère des Editions Lamy, à Amsterdam. Chevalierde l’Ordre national du Mérite, chevalier de la Légion d’Honneur, il est nommé conseiller du commerce extérieur de la France aux Pays-Bas et président du Club Européen des Ressources humaines àBruxelles. J.-M. Detailleur prend sa retraite en 2009 à Montauban, devient conciliateur de justice, président de la section locale de l’Ordre national du Mérite.

 

 Miller Deltheil

                                                  Henry Miller et Joseph Delteil                                                   

Joseph Delteil (1894-1978), un "mouton à cinq pattes",

 par Geneviève André-Acquier, ancienne présidente

Séance du 1er octobre 2018          

              La conférence de rentrée de l’Académie portait sur "Joseph Delteil (1894-1978), un mouton à cinq pattes ", présentée par Mme Geneviève André-Acquier, membre titulaire et ancienne présidente. Venu de son petit village occitan (Grabels, aux portes de Montpellier), l’écrivain a fait, dans les années 1920, sensation à Paris, capitale des écrivains et des artistes. Un jour, et définitivement, il rentre dans ses Corbières natales qu’il ne quittera plus. Une trajectoire pleine d’enseignements sur les gloires littéraires, sur l’art de construire une œuvre (de 1922 à 1976)… et une vie.

            Joseph Delteil a appartenu, selon la formule de Joë Bousquet, au « génie d’Oc ». C’est vrai, l’écrivain a vécu pendant plus de quarante ans dans une solitude choisie, au milieu des vignes de la région montpelliéraine. En 1963, il écrit La Delteilherie où il revient sur son passé et sur cette fureur d’écrire qu’il avait contractés à Paris, vrai bouillon de culture, là-même où il avait été primé (Académie Française, prix Femina). Ne représentait il pas également dans la capitale la fameuse blanquette de Limoux, disant à qui voulait l’entendre : « Je préfère faire du commerce que de la littérature commerciale » ? Et la conférence de préciser cependant: « C’est à Paris, dans ce creuset de renouveau des arts, qu’il reçut l’impulsion nécessaire pour libérer son langage et déployer sa pensée »

 

Portrait Pt Biblioth 2

Mensonges, calomnies, faits alternatifs : Voltaire contre Le Franc de Pompignan

par Théodore E.D. Braun,  membre correspondant

Séance du 4 juin 2018

 

            Le lundi 4 juin, l’Académie de Montauban avait décentralisé sa séance en un lieu prestigieux, le château de Pompignan. Le président Jean-Luc Nespoulous avait, pour l’occasion, le grand honneur d’accueillir des descendants de la famille de Le Franc de Pompignan, Clotilde et Tanguy, cousins germains ainsi qu’une descendante d’Olympe de Gouges. A 17h, dans la chapelle, Théodore E.D. Braun, professeur émérite de l’Université du Delaware (États-Unis) et membre correspondant de l’Académie de Montauban prenait la parole sur le  thème :Mensonges, calomnies, faits alternatifs : Voltaire contre Le Franc de Pompignan.       

            Dès 1735, Voltaire traite le créateur de l’Académie de Montauban comme un poète inférieur et un plagiaire, comme un idiot de village, parmi d’autres attaques malhonnêtes. Et il le fait avec un sourire satirique et plein d’humour ! Le professeur Braun, qui avait étudié les écrits de Voltaire dès 1956 à Valence (assistant d’anglais), a choisi de travailler sur l’un de ses nombreux ennemis. Le Franc était de ceux-là. D’emblée, il prend la défense de notre Montalbanais, lançant : « J’ai été bouleversé par sa valeur comme écrivain, surtout dans tous les genres de la poésie et du théâtre comme dans ses ouvrages d’histoire et de philosophie. Et j’ai compris qu’il manquait quelque chose à l’homme Voltaire : l’honnêteté et la capacité de juger ses rivaux à leur juste valeur ».

          Aidé de son co-présentateur, Claude Sicard, qui était la voix de Voltaire, Théodore E.D. Braun analyse d’abord les rapports entre les deux écrivains, puis les raisons pour lesquelles Voltaire avait choisi Le Franc comme cible privilégiée, soulignant toutefois les qualités littéraires des écrits de chacun d’eux, jugeant de « leur efficacité sur le plan du cœur comme de la générosité et de l’esprit ».