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LA LETTRE MENSUELLE DE L'ACADÉMIE

 

 

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Mars 2024

N°73

LES ACTUALITÉS DE L’ACADÉMIE

 

 

Sommaire:

1.Le mot du Président : p. 2

2.L’émission radiophonique des Rendez-vous de l’Académie  : p. 2

3. La séance publique du 4 mars p.3-7

4. La séance publique du lundi 8 avril : p. 7-8

5. Les publications de l’Académie : p. 9

 

Le mot du Président

 

L’échange

C’est un mot qui, depuis plus de six mois, résonne dans l’actualité : on ne parle que d’échanges d’otages… Pour ma part je préfère les échanges culturels ou sportifs, les échanges d’œuvres d’art, de savoirs, de savoir-faire, de civilités ; pourquoi pas de  recettes de cuisine…

Sans doute l’échange a-t-il  été précédé dans les sociétés primitives par le troc, mot parfois mal connoté  de nos jours… Il n’empêche qu’il est vraisemblablement  l’élan qui préside à la naissance des sociétés, et sous-entend le respect d’une égalité.

Sans doute aussi a-t-il généré les premières formes du calcul et de l’écriture pour mémoriser et consigner les tenants et aboutissants des échanges, prémices de l’économie.

Malheureusement on peut aussi échanger des coups, des horions, à éviter…Mais échanger c’est surtout discuter, argumenter, confronter des points de vue, des opinions, ce qui maintient la vivacité intellectuelle et la liberté de penser, exalte et développe les richesses humaines.  « Si tu diffères de moi, loin de me léser, tu m’enrichis » rappelait Saint-Exupéry .

« Un homme seul est en mauvaise compagnie » disait Paul Valéry...L’échange manifeste un refus de l’isolement,  le besoin d’échanges assumé  évite de s’enfoncer dans une solitude faussement confortable. Il nous épargne aussi  l’adhésion aveugle aux idées reçues et  « libère la syntaxe et évite l’ankylose de la logique » (G. Bachelard).

Alors persistons à échanger ! C‘est bon  pour les sociétés humaines et pour le monde dont nous sommes  les citoyens.

 

2. Les « rendez vous de l’Académie » CFM 39ème émission

L’invité du jour était le président de l’association Alphonse Jourdain, l’architecte Gérard Marre, aussi président de Relience. C’est pourquoi la « fortune du mot »  a exploré les  diversités du mot “pluriel”. Le lieu que l’invité  a choisi de faire découvrir : le cirque de Parragi dans le massif des Cinque-Terre en Italie. Le livre du mois : le Tacite  de Xavier Darcos et l’illustre du mois : Edouard Raynaud. Pour écouter cet enregistrement  : https://www.cfm        radio.fr/gerard-marre

 

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3. La séance publique du 4 Mars

L’Académicienne Anne Lasserre, qui a les Pyrénées chevillées au cœur, nous a expliqué comment, au fil des temps, ce massif a été apprécié.

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Soit longtemps ignorées, soit objet de différents imaginaires, les Pyrénées sont maintenant fréquentées de diverses manières par des populations dont les centres d’intérêt sont disparates  mais qui en fait sont des reflets de cette évolution et permettent d’en retracer les temps forts.

Ces montagnes furent d'abord perçues comme inhospitalières. En témoigne le fondateur de notre Académie, Jean-Jacques Lefranc de Pompignan  après sa visite à Barèges  qu’il cherche à chasser de sa mémoire  « Disparaissez, objets affreux,/ Torrents dont les fougueux écarts/ Se percent des routes bruyantes/ De cascades effrayantes./ Ne fatiguez plus mes regards. »

Elles ont la double peine d’être perçues comme repaire  du diable, des sorcières, puis des contrebandiers et des brigands...

Toute méconnaissance entraîne ainsi des fantasmes, des légendes, génératrices d’erreurs et de faussetés.

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Sciences et santé.

 

Mais des paysages aussi grandioses ne peuvent que susciter intérêt et envie de découverte… Voilà pourquoi la première approche se voudra scientifique, car c’est l’amour de la science  qui incite à affronter ces terres inconnues, pleines de dangers... Elles seront l’objet de nombreux rapports et d’ouvrages scientifiques dès le XVIIIe  siècle. Le plus connu est sans doute  les Observations faites dans les Pyrénées   de  Ramond de Carbonnières, secrétaire du  maréchal de Rohan qu’ il a suivi dans son  exil à Barèges….

S’y ajoutent les eaux thermales  déjà fréquentées par Jules César, puis  plus tard par Marguerite de Valois,  Catherine de Médicis, Rabelais…Madame de Maintenon amène le duc du Maine en cure à Barèges…

Mais si ces « curistes »  ne vont pas bien loin de leur lieu de cure, d’autres s’aventurent,  faisant quelques courses à cheval ou en chaise à porteurs.

Une destination branchée.

Ils découvrent quelques paysages saisissants qui vont générer une vision romantique, ainsi que les prémices d’un tourisme…, une nouvelle façon de se déplacer qui consiste à voyager pour le plaisir de la découverte et à publier son récit de voyage.

Au XIXe  siècle, les Pyrénées seront fréquentées par Chateaubriand, Rossini, Hugo, David d’Angers…  Puis Baudelaire, Flaubert, Viollet le Duc se verront offrir un séjour dans les Pyrénées pour les récompenser de leur succès au baccalauréat. Bagnères de Bigorre  sera considérée comme le lieu de France où l’on s’amuse le plus… On va dans les Pyrénées pour se montrer, se distraire, faire la fête…  On découvre les sites : Gavarnie, Cauterets et le lac de Gaube deviennent des incontournables… « il est enjoint à tout être vivant et pouvant monter un cheval, un mulet, un quadrupède quelconque de visiter Gavarnie…Les dames et les convalescents  s’y font conduire en chaise à porteurs »,  indique Hippolyte Taine dans  le guide touristique  dont il est le rédacteur…

Les voyageurs romantiques demandent à ces montagnes  de leur renvoyer l’image d’un paradis perdu et retrouvé au fin fond de la France,  comme l’Arcadie des poètes….

« Bénissez, ô bergers, votre humble destinée,/ Contents de vos vallons, heureux dans vos hameaux,/ Puissiez-vous des cités ignorer les fléaux,/ Cent fois plus dangereux pour vos douces retraites/ Que ces rocs menaçants suspendus sur vos têtes. »

En revanche, ce type de tourisme ne s’intéresse guère à la population locale, sa pauvreté et ses difficultés à vivre. En plein déni de la réalité, les voyageurs romantiques se contentent de parcourir ces vallées qu’ils qualifient d’heureuses car loin de la société porteuse de bien des maux.

Ce ne sera qu’avec les conquérants des cimes que le regard va changer…

Des sports ?  Oui, jusqu’à l’excès…

 

Parmi les premiers de ces conquérants, il faut noter le comte Henry Russell-Killough, irlandais par son père et gersois par sa mère. Après avoir arpenté l’Amérique du sud, la Mongolie, la Chine et le Népal, il   loue  pour 99 ans le massif du Vignemale, gravit des monts  encore  sans nom, notamment  celui qu’il baptise  Marboré… Après plusieurs  ascensions-découvertes, il s’étonne : « N’est-il pas singulier qu’il y ait encore à 8 heures de Cauterets, toute une région de neiges éternelles moins connues que l’Afrique ou la Lune ? »

Le pyrénéisme  en est à ses premiers balbutiements. Un genre littéraire nouveau voit le jour : le récit d’ascension. Les courses  se multiplient, rendant la montagne  moins mystérieuse, plus familière. On narre cela avec un style spécifique, proche des récits de marins explorateurs et découvreurs, à l’instar de Christophe Colomb. Mais aussi avec l’allégorie de la montagne, perçue comme une belle à conquérir.

Si l’on persiste à penser que les montagnes agissent sur le caractère, c’est dans une dimension quasi philosophique : elles seraient une école,  feraient aimer le bien et obligeraient à donner le meilleur de soi-même.

 Les deux guerres  consacrent leur dimension de frontière, mais très rapidement, à l’issue de la deuxième, après les trois glorieuses et par la naissance de la civilisation  des loisirs, ce sont toutes sortes de disciplines  sportives qui s’y développent.

De nos jours ces montagnes sont devenues une immense aire de jeux multiples et divers : parapente, rafting, canyoning, escalades de pitons mais aussi de cascades gelées. Le ski y est pratiqué dans 34 stations, y compris le ski tracté à cheval (ski-joering) ou à vtt…

Et n’oublions pas qu’elles sont  depuis  1903  le théâtre des exploits et légendes  du Tour de France cycliste, avec une affluence extraordinaire de spectateurs pour cette rare épreuve sportive gratuite.

En outre le cirque de Gavarnie, déjà comparé à un gigantesque amphithéâtre au XVIIIe siècle, est devenu depuis 1985, sous l’impulsion de François Joxe, une immense scène de spectacle sur laquelle ont été déjà représentés Dieu,  Orphée et Eurydice, Roméo et Juliette,  Le Songe d’une nuit d’été, Le Cid

En conclusion, nous pouvons dire que le pyrénéisme est un phénomène relativement récent dont l’avènement a été longuement préparé. Les traces de l’évolution du sentiment de la montagne se trouvent inscrites dans les nombreux ouvrages consacrés aux Pyrénées depuis la fin du XVIIIe siècle, mémoires scientifiques, récits de voyage, récits d’ascension, guides touristiques,  recueils poétiques et  certains romans, comme Cinq-Mars  d’Alfred de Vigny. Leur lecture montre à quel point notre  regard est circonscrit par la société et l’époque dans laquelle nous vivons.

En fin de conférence, Anne Lasserre termine par un clin d’œil reliant Montauban aux Pyrénées : dans la revue illustrée Le Quercy,  du 1er novembre 1892, l’avocat, peintre et cartographe Paul-Edouard Wallon, né en 1821 à Montauban, signe l’article  « Le Quercy et les Pyrénées »,  concluant : « Entre le Quercy, le Rouergue et les Pyrénées, il existe un lien tout à fait direct. » La conférencière estime qu’il n’est pas étonnant de compter, parmi les premiers dessinateurs de panoramas, Emilien Frossard, qui a fait ses études de théologie à Montauban. Il est à l’origine de la création  de l’observatoire du Pic du Midi. Son père, Benjamin Frossard, fut, en 1809, un des membres fondateurs de la Société des Sciences, Agriculture et Belles Lettres de Tarn-et-Garonne, qui deviendra l’Académie de Montauban.

4. La séance publique du 8 avril

 

Ce sera une séance de réception, celle de Pierre Desvergnes par Norbert Sabatié. Le nouvel académicien  lui répondra et fera l’éloge de son prédécesseur, le docteur Philippe Rollin. Sa conférence, « Au pied de la lettre », nous dévoilera la correspondance entre Marcel Pagnol et Raimu : durant 16 années, Marcel Pagnol et Jules Raimu se sont écrit. Leurs écrits épistolaires nous font rencontrer deux personnalités cocasses et différentes, mais liées par une amitié authentique. La mauvaise foi, les engueulades, l’ironie, la complicité, la tendresse, l’humanité, l’admiration qu’ils se portent apparaissent dans leurs écrits, et tout cela se dévore sur un fond de décor de Provence : le Sud !

Le contenu de leurs lettres nous ramène au théâtre et au cinéma de leur époque et fait rejaillir chez certains des souvenirs de moments fabuleux,  pour d’autres ce sera la découverte d’un auteur avec un grand A et d’un interprète avec un grand I,  loin d’un art m’as-tu vu et commercial. Le respect des textes et du public était leur préoccupation première.

La lecture de leur correspondance fera passer un moment d’intimité avec ces monstres sacrés et nous n’en sortirons pas indemnes, en compagnie de César, Marius, Fanny, la femme du boulanger et tant d’autres œuvres de Marcel servies par Jules.

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L’union de ces deux immenses talents explose de bonheur pour un bouquet final salué par nos rires, notre respect, notre émotion et une soudaine envie de vivre.

Enfin les deux compères nous disent : la vérité, rien que la vérité…

Marcel Pagnol  (1895-1974),

Jules Muraire dit Raimu (1883-1946).

 

5. Publications de l’Académie

 

Bon de commande

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 souhaite recevoir le(s) livre(s) suivant(s) (soulignez les livres commandés) :

  • 400ème anniversaire du siège de Montauban (1621-2021) : 15 €.
  • Le Franc de Pompignan, Homme de Lettres et citoyen : 20 €.
  • Deux siècles d’histoire de l’Académie (1730-1930) : 20 €.
  • Le voyage de Languedoc et de Provence : 10 Euros.
  • L’Axe Garonne, la terre et les hommes : 10 €.
  • Du Tarn-et-Garonne aux Tranchées : nos poilus : 15 €.
  • Dictionnaire des Montalbanais, illustres, méconnus, oubliés : 25 €.
  • Pouvillon retrouvé : 20 €.

Participation aux frais d’envoi pour une commande : 6€.

Ouvrages récents :

  • Le Handicap. La frontière ( ?) entre le normal et le pathologique. Colloque. J-L Nespoulous (ed.) : 15 euros
  • Qui êtes-vous réellement cher Blaise Pascal ? : 10 euros

Règlement, par chèque uniquement, à l’ordre de l’Académie de Montauban.

Le détail de nos publications est en ligne sur le site internet de l’Académie de

Montauban : http://www.academiemontauban.fr/publications/ouvragescollectifs

Responsable de la lettre électronique de l’Académie :

                                                                              Robert d’Artois

Mise en page :

Jean-Luc Nespoulous

Messagerie :

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Maison de la Culture, 25 Allée de l’Empereur, 82000 Montauban

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Février 2024

N°72

LES ACTUALITÉS DE L’ACADÉMIE

 

Sommaire:

 1. Le mot du Président : p. 1-2

 2 . La séance publique du 5 février p.3-5

 3. L’émission radiophonique des Rendez-vous de l’Académie  : p. 6

 4. La séance publique du 4mars.p. 6-7.

1. Le mot du Président

Retrouver les plaisirs  de  la conversation…

Chaque jour qui passe nous  apporte, via tous  les médias,  son lot d’invectives, de jugements à l’emporte-pièce, de condamnations immédiates sans analyse ni respect.

Certains en oublient que l'homme est, par essence, « un animal politique », comme le rappelait Aristote, c’est-à-dire  un être social et sociable, dimension  prônée  par l’expression imagée   dont on abuse parfois : « faire société »…

L’échange s’avère,  par le biais du langage, être  le nœud  de la vie sociale ; sans doute d’abord troc puis échange économique, enfin  d’informations,  de sensations, de peines, de joies aussi que l’on incite à partager, puis vraisemblablement de points de vue qui, mieux charpentés, deviendront des idées. 

Prendre le temps de la conversation, c’est à la fois lutter contre l’immédiateté qui nous harcelle en permanence, c’est préserver l’échange,  sous-tendu par un principe d’égalité autant que par le respect de la diversité. 

D’ailleurs le mot converser, d'après son origine latine, veut dire : vivre avec, et n'a pas d'autre signification jusqu'au seizième siècle. Conversation, qui en est le substantif, n’est longtemps employé qu'avec le sens d'action de vivre avec. Puis, tout à coup, le dix-septième siècle, fort enclin aux néologismes de signification, le limite à l’action d’échanger des propos… 

Mallarmé disait « parler n’a trait à la réalité des choses que commercialement », faisant écho à l’expression  « [commerce des hommes qui permet de] frotter et limer sa cervelle à celle des autres » que préconisait  Montaigne…

Retrouvons donc le plaisir de prendre du temps pour converser, dialoguer, échanger, bref continuer et même persister à vivre ensemble….

2. La séance publique du 5 février

(Compte rendu de Pierre Gauthier)

Le Président ouvre la séance à 17 heures, en passant la parole au Secrétaire Général qui donne, comme il est de tradition, la liste des manifestations culturelles devant se tenir à Montauban dans les prochaines semaines. On notera aussi des activités culturelles proposées à Verdun-sur-Garonne et à Caussade.

Le Président rappelle que le 6 février verra le 90e anniversaire des événements séditieux de 1934. Puis il introduit la conférence, en soulignant combien le secrétaire général de l’Académie, Jean-Marc Detailleur, qui doit la présenter, est un  amoureux des livres.

Celui-ci a choisi de parler d'un homme important, dont la trajectoire est méconnue, dans une période qui intéresse peu nos contemporains, une période toute entière tournée vers la recherche des moyens de finir une Révolution.

Alors, Elie Decazes, Rastignac ou Alcibiade ? Nous verrons bien en suivant le récit passionnant en même temps que très dense de notre collègue, qui  présente l’histoire assez extraordinaire d’un ambitieux, séducteur, servi par la chance, et focalise sur la période 1815-1820, où cet homme des lumières, d’équilibre, ce libéral, tient, contre vents et marées, contre la haine des ultras, un rôle déterminant dans la conduite des affaires du pays.

Il est né le 28 septembre 1780, dans la région de Libourne, en Gironde, dans une famille de bourgeoisie de robe. Son père, emprisonné sous la Terreur n’en restait pas moins favorable à la tendance dure des républicains. Lui fait de solides études chez les Oratoriens et s’installe comme avocat à Libourne.

Il ne tarde pas à monter à Paris (comme Rastignac) où il occupe peu de temps un emploi modeste avant de faire un certain nombre de rencontres déterminantes où sa capacité de séduction a certainement joué : il « croise » un avocat bordelais, Jaubert, futur directeur de la Banque de France, et Honoré Muraire, avocat lui aussi, personnage important du Consulat, qui participe à la rédaction du Code Civil et sera Premier Président de la Cour de Cassation.

Il exerce des fonctions importantes dans la franc-maçonnerie renaissante, et les exercera jusqu’au bout.

En 1805 il épouse Elizabeth Fortunée, l'une des filles de Muraire. Elle meurt de la tuberculose deux ans plus tard.

Il sympathise à Cauterets avec Hortense de Beauharnais, qui est alors Reine de Hollande, et avec son mari auquel il restera très attaché.

Ses fonctions de magistrat (il présidera avec brio des cours d’Assises) ne l’empêchent pas de servir Pauline Bonaparte, d’assurer vers 1811 une revue de presse pour « Madame Mère ».

Il fréquente le salon de Geneviève de Rigny, on le voit avec la duchesse d’Abrantès. C’est Rastignac…

 

 Dès son début il fait allégeance à la Restauration, refuse de prêter serment à Napoléon pendant les 100 jours, rencontre le baron Louis et Talleyrand qui le nomme préfet de police.
Ambitieux et charmeur, c’est aussi un bon administrateur, doté d’une grande capacité de travail.

Il séduit Louis XVIII qui l’appelle son cher fils, ils échangent 2000 lettres, le roi le voit tous les jours, il va même jusqu’à le marier à une noble héritière beaucoup plus jeune que lui.
Elie Decazes est élu député de la Seine en 1815. Il est entre 1815 et 1818 ministre de la Police du gouvernement Richelieu.

Il dirige un grand ministère de l’Intérieur (qui recouvre plusieurs de nos départements actuels), dans le cabinet du Général Dessoles (ndlr : né à Auch en 1767).

Nommé chef du gouvernement fin 1819, il le reste fort peu : victime indirecte de l’assassinat du Duc de Berry, il en est tenu pour responsable par les ultras qui conduisent contre lui une campagne haineuse (à laquelle prend part Chateaubriand). La chance l’a vraiment abandonné et il est plus que jamais dans une fonction de bouc émissaire. Louis XVIII le nomme ambassadeur à Londres, où il ne reste qu’un an, en raison des problèmes de santé de son épouse qui ne supporte pas le climat.
Il revient alors à Libourne et ne reverra plus Louis XVIII, mort en 1824.

Il refusera plusieurs postes  sous Charles X, mais il siège à la Chambre des Pairs, dont il est Grand Référendaire, et logé à ce titre au Palais du Luxembourg, qu’il devra quitter lors de la révolution de 1848.

Il prend alors en location l’appartement de la rue Jacob où il mourra le 24 octobre 1860 (de sa « belle mort » et non assassiné comme Alcibiade).

Tout au long de cette carrière politique que le conférencier nous narre de façon très claire et très complète, Elie Decazes a affiché des convictions dont il ne s’est jamais départi : c’est un homme des Lumières, un libéral raisonné, un homme d’équilibre qui a vécu dans ses fonctions ministérielles, et à l’évidence favorisé, la naissance du Parlementarisme en France. Pour lui la raison est la seule source de légitimité du pouvoir.

Le pays où il a exercé ses fonctions ministérielles était en 1815 dans une situation difficile et pour le moins troublée : occupation étrangère, indemnité lourde à payer aux Alliés, terreur blanche, impopularité du Roi Louis XVIII dont l’accession au trône n’allait pas de soi, élection d’une « Chambre Introuvable » dont les positions extrémistes veulent réduire les prérogatives du roi .

La Charte de 1815 était, en effet, un texte de compromis, le moyen de finir une révolution, essayant de concilier droit divin et souveraineté populaire, garantissant la propriété des biens nationaux, la liberté de culte, maintenant le concordat de 1801.

Fait Comte en 1816, Decazes pousse à la dissolution de la « Chambre Introuvable ».

En politique étrangère, il fut défavorable aux expéditions en Espagne et en Algérie.

Les trente dernières années de sa vie, Decazes les passa dans un certain retrait de la vie politique. Fondant   non sans difficultés Decazeville, la ville qui porte son nom, alors même qu’en cette période de décollage industriel, la France se trouvait déjà à plusieurs longueurs derrière l’Angleterre.

Alors, Rastignac ou Alcibiade ? Notre collègue se garde bien de trancher. Elie Decazes, homme politique brillant, ne fut en rien un militaire et ne mourut pas assassiné par les ultras, à la différence d’Alcibiade. Le conférencier ne pousse pas la comparaison avec ce dernier. On peut en revanche se demander si la carrière d'Elie Decazes ne peut être rapprochée de celle  d’Adolphe Thiers….

Le Président remercie le conférencier pour cette communication très riche, présentée devant une assistance nombreuse.

Il signale la sortie des actes de notre colloque de septembre 2022 sur le Handicap, annonce la  conférence d’Anne Lasserre le lundi 4 mars, au cours de laquelle les Pyrénées nous apprendront comment nos regards sur les paysages ont évolué, ainsi que la conférence « aux risques de la liberté » qui sera présentée par l’Académie dans le cadre des journées Olympe de Gouges, le 11 mars à l’heure habituelle.

La séance est levée à 18h15.

   

3. Les rendez vous de l’Académie

Notre confrère Yves Ripoll, par ailleurs président de l’association Miguel de Cervantes, a été  l’invité de la 38ème émission.  En l’honneur du « Chevalier  à la triste figure » « à la fortune du mot » a décliné les multiples facettes du mot  “figure”.

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L’entretien  a permis d’éclairer l'itinéraire peu commun et riche d'expériences d'Yves Ripoll, empreint d'humanité et d'humanisme.

 Maurice Petit nous a incités à découvrir en Dordogne le château de Richemont et l'Abbaye de Boschaud, et Anne Lasserre nous a permis de mieux connaître  Jacques Antoine de Molières, l'un de nos « illustres » prédécesseurs.

 

 

4. La séance publique du 4 mars

C’est notre consoeur Anne Lasserre par sa conférence : « L’évolution du regard porté sur un paysage, un exemple : les Pyrénées » qui  analysera l'approche de notre environnement naturel, les sites dont nous faisons des paysages.

 

Les grilles de lecture d’un paysage varient selon les époques et au gré des relations que nous entretenons avec notre environnement. C’est ainsi que des lieux peuvent devenir un miroir des mentalités, comme le montrent les différents regards portés sur les Pyrénées depuis le XVIIIe siècle.

La vision que nous  avons de ces montagnes, et qui nous paraît tout à fait naturelle,  est pourtant relativement récente. Aujourd’hui, nous les arpentons, nous les gravissons, les escaladons, les franchissons, nous nous mesurons à elles,  en hiver comme en été.  Les randonnées, le ski, l’escalade, le vol à voile… sont à l’honneur.

Or, il n’en fut pas toujours ainsi.

Il a fallu d’abord longuement apprivoiser les Pyrénées qui, aux XVIIIe et XIXe siècles, apparaissaient encore comme des lieux effrayants.  Non seulement elles étaient  le domaine des  sorcières, le repaire des brigands et des contrebandiers, mais elles menaçaient de s’effondrer sur ceux qui osaient s’y aventurer. 

La perception actuelle est le résultat d’une lente évolution du regard porté sur les Pyrénées.

La première approche fut scientifique. 

Il fallait être animés par l’amour de la science, être géodésiens, géologues, minéralogistes, botanistes,  pour oser les affronter.  Sous l’influence du Romantisme, le regard devient subjectif, esthétique. Les voyageurs parcourent les vallées à la recherche d’émotions fortes et de tableaux impressionnants. Il faut attendre la seconde moitié du XIXe siècle pour que le regard commence à s’élever vers les sommets et que s’impose peu à peu la conquête des cimes.

Aujourd’hui, les Pyrénées semblent être devenues une immense aire de jeux.

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